FlexFab: « Zéro barrière »

GlennPar Glenn  •  24 Juil 2015 à 18:04  •  Live  •   3 views

Au Club Tent, les choses se passent plutôt bien depuis le début du Paléo, le chapiteau est pris d’assaut par les fans de musique électronique. D’ailleurs, on a interviewé un des protagonistes de tout ce raffut.

Crédit photo: Boris Soula

Mercredi en fin d’après-midi, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec le très prometteur artiste neuchâtelois FlexFab, il venait de terminer son showcase au Cosmo. Il nous livre quelques-unes de ses techniques de production, le fringant gaillard avait aussi donné un concert blindé au Club Tent, lundi soir.

C’est la combientième fois que tu es à Paléo?

Sur scène, deuxième.

Et pas sur scène?

Je pense un peu plus, j’étais venu ado deux fois, mais aussi avec mes parents, dans le ventre de ma mère et sur les épaules de mon père, je pourrais pas te dire combien exactement. Mais deuxième fois sur scène et l’année passée, c’était avec Murmures Barbares.

Le feeling avec le public, comment les spectateurs appréhendent-ils ta musique en solo et celle avec Murmures Barbares?

Ecoute, les trois fois c’était hyper différent, on a joué l’année passée avec Murmures, c’était en début de journée dans le festival, peut-être un petit peu tôt à mon goût, mais ça c’est assez bien passé. Lundi soir, c’était parfait, c’était l’heure qui marche le mieux selon moi pour ce genre de musique, un de mes meilleurs concerts, vraiment cool!

Pourrais-tu nous expliquer cette décoration un peu spéciale sur scène? Les drapeaux qui tournent par exemple.

Le show a été réalisé visuellement avec Supermafia, le collectif neuchâtelois. Donc on s’est retrouvé avec une semaine de résidence, on est vraiment parti de zéro, à regarder comment on pouvait développer un show visuel différent et original de ce qui se faisait. On s’est retrouvé à travailler avec deux machines de lumières et les trafiquer pour venir y accrocher des drapeaux et des objets dessus.

Est-ce que cet aspect visuel est important par rapport à ta musique, c’est-à-dire il faut que les deux soient en accords pour pouvoir faire un show? Ou tu peux faire une sorte de DJ set easy…

Je pense qu’on peut faire une performance juste avec les lumières ou mon DJ set tout seul, chose que j’ai déjà dû faire quelques fois parce qu’il y a des cadres qui ne permettent pas d’installer trop de choses. A Montreux Jazz par exemple, samedi passé, où ça s’est passé hyper bien. C’est de la musique qui va très bien en club. Mais aussi en festival, avec une ambiance plus concert, comme lundi ça s’est aussi bien déroulé. Après je trouve que les deux se complémentent bien et ça apporte le show un stade un peu au-dessus. C’est différent et plus original.

Ton public est assez jeune et très réceptif à ta musique, mais comment la décrirais-tu?

Je suis influencé par pas mal de choses. A la base, mes racines, c’est quand même le hip-hop. J’ai commencé par faire des productions hip-hop et après je me suis vite rendu compte que mélanger différents aspects de certaines musiques, c’était ça qui me plaisait. Ces montées typiques de la techno qu’on ne retrouve pas dans le hip-hop ou le downtempo qu’on entend dans la musique électronique, j’ai essayé de mélanger les genres, faire plus que du hip-hop ou de l’électro. C’est une sensation incroyable de voir que ce qui me plaît prend dans le public aussi.

Et du coup comment recherches-tu tes samples? Tu fais du digging? Tu vas dans tous les magasins de vinyles possibles? Tu fais de simples recherches sur le net?

Il y a eu différentes étapes au début. Quand je faisais principalement du hip-hop, je partais principalement d’un vinyle que je samplais dans une MPC et que je redécoupais. Maintenant, j’essaye d’aller plus loin. Les trois quarts de mes instrus, voire 99,9%, je sais pas ce que je vais faire. J’commence, je fais une batterie et puis après je tisse là au milieu. Je me dis: « Là il me faut une voix plutôt dans ce genre-là », du coup je vais essayer de digger. Ensuite, j’ai pas tellement de barrière, je me dis pas: « Je sample que des vinyles hyper rares », je vais digger sur internet. Parfois, y’a un son d’oiseau dans un documentaire sur le Portugal qui me plaît, moi je vais prendre ça! Tu vois, j’ai pas vraiment de barrière du digger puriste.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de te voir jouer, j’ai constaté que tu as une petite affinité pour tout ce qui est ethnique, folk et world music, non?

C’est ce qui me fait vibrer la musique ethnique, c’est hyper frontal, sans se poser de question. C’est aussi souvent des musiques traditionnelles, c’est pas quelque chose qui a été inventé en une journée dans un studio. Ce sont tout de même des musiques ancestrales, donc j’essaye aussi de respecter ça et pas tout foutre en l’air non plus. J’ai une attirance assez particulière pour la musique ethnique ouais, à fond!

Au showcase, dans un ou deux morceaux que tu as présentés, il y’a des samples de musiques un peu orientales, comment est-ce que tu as eu l’idée de chercher ça en fait?

La track qui fonctionne assez bien s’appelle ‘Zoo‘ et pour celle-là je n’avais pas vraiment de base, je ne me suis pas dit: « OK, je vais faire un morceau oriental. » Pour l’anecdote, j’avais passé une journée au studio à essayer de faire un morceau, j’avais pas réussi, parce que des jours c’est comme ça, t’arrives pas du tout à faire un truc. C’était en soirée 22h-23h et ça faisait depuis 9h du mat’ que j’essayais de faire un truc, mais ça venait pas. J’ai trouvé un tout petit bout de voix, mais c’était un truc de soul rien à voir. Je l’ai coupé, j’ai un peu bidouillé et en la redécoupant ça a commencé à devenir une gamme orientale. Là je me suis dit: « c’est parti! » J’ai pas été spécialement rechercher quelque chose de plus oriental. A la base, si je te faisais écouter la voix, tu dirais: « En fait rien à voir avec quelque chose d’oriental. » Une chose en entraînant une autre, le sample m’a amené à trouver des percussions plus orientales, ça s’est un peu construit comme ça.

As-tu de futurs projets?

Je vais un peu tourner cet été avec ce projet « Manoir » et puis le show que j’ai construit avec la Supermafia. L’idée, c’est de faire évoluer cette facette et puis d’y greffer des nouveaux morceaux. Ce qui est prévu, c’était de sortir un nouveau morceau en automne et j’ai aussi un sideproject avec Hook, qui s’appelle FOU. Une musique beaucoup plus tropicale et, surtout, on avait envie de se laisser aller! Là, c’est vraiment zéro barrière! C’est assez cool, j’ai pu jouer deux morceaux lundi soir et ça a méga pris!

Dont le morceau avec le sample québécois « Maudzite Chalaeur« !

Maudzite Chalaeur! (rires) C’est assez marrant parce qu’on a fait ce morceau, il était construit. On avait une phrase en Afrikaans qui disait: « C’est parti! » Et puis on s’est dit OK, des espèces de blancs becs européens avec de la musique un peu tropicale et tout et qui foutent de l’Afrikaans dessus c’est peut-être pas la meilleure idée. Mais il pue tellement la transpi ce morceau qu’il faut qu’on trouve quelque chose. Le truc c’est qu’on a un pote qui fait hyper bien l’accent canadien, il a dit « Maudzite chalaeur! » C’était lancé!

Dernière question, pas trop la pression d’avoir joué en même temps que Gramatik?

Ecoute, la pression non. Plutôt un peu d’appréhension de savoir qu’il fait aussi de la musique électro hip-hop comme moi et qu’ils iraient peut-être tous là-bas. Mais y’a eu du monde chez moi, c’était même blindé. Mais quand j’ai vu le programme, je me suis dit: « OK, voilà,  on verra comment ça va se passer », et c’est hyper bien allé. Donc, au final, je crois qu’ils ont pas trop mal joué leur coup Paléo.

Un petit mot pour la fin?

Maudzite Chalaeur! (rires)

Glenn

N’aimant pas particulièrement la musique, j’ai été catapulté ici par hasard et au-delà de ma volonté. Préférant l’austérité à la frivolité du spectacle de la débauche auditive, je compte les jours qui me permettront à long terme de devenir sourd. Le vacarme m’étant insupportable.

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