Moonraisers: « C’est un rêve, pas un projet »

JorrisPar Jorris  •  17 Juin 2018 à 13:34  •  Festivals, Interviews  •   190 views

Ils ont joué lors de la première édition de Festineuch, 18 ans après ils étaient encore sur scène avec la même énergie. Pourtant, il s’est passé des choses dans l’histoire des Moonraisers depuis tout ce temps. Rencontre avec Jaba.

Le monde a changé, l’industrie musicale également mais Jaba, lui, reste cet homme simple qui rêve encore d’un monde meilleur. Avec leur nouvel album, « Who are We? », les Moonraisers se posent des questions et rêvent d’une redistribution des terres agricoles. Aux antipodes d’un système lucratif.

Cela fait depuis 2011 que vous avez arrêté les Moonraisers, qu’est-ce que vous avez fait depuis ?

Beaucoup de musique ! On a toujours l’impression qu’on fait beaucoup de musique quand on est musicien mais en fait, j’avais plus le temps. Et je me suis beaucoup occupé de mon jardin, de pouvoir planter mes légumes, d’avoir des serres et de gérer tout ça.

Ce jardin, justement, vous l’avez créé dernièrement, pourquoi ?

Je voulais déjà me nourrir plus sainement des choses qui viennent du jardin et avoir de la nourriture toute l’année. C’est une manière de repenser la consommation également.

D’un point de vue musical, tu as pu refaire de la musique qui te plaisait ? Vous n’étiez plus dans un système qui vous rendait heureux, et l’idée de retrouver quelque chose de plus sain s’est fait sentir ?

Oui, il y a plusieurs points. Si je voulais continuer d’en vivre avec les Moonraisers, j’aurais dû partir de Suisse et aller aux Etats-Unis. Et puis j’aurais été là-bas sans tous les musiciens et loin de mes enfants. Et c’était pas une option ça. Il y avait ça et de l’autre côté, il y avait des possibilités en Suisse. On aurait pu continuer de faire des concerts et des exclusivités, on aurait joué dix fois dans l’année. Et quand tu veux passer à l’étranger, t’es plus assez connu. Et en Suisse, le marché musical n’a jamais décollé. On a commencé à essayer d’instaurer des labels suisses mais aujourd’hui, on le constate, il n’y a plus de musiciens sur scène. Je te dis, sur les trois jours où je me suis baladé ici, j’ai vu autant de musiciens qu’il y en a dans mon groupe. Donc aujourd’hui, il n’y a plus de ventes de cd, le streaming c’est pas fou et il reste juste les concerts pour les musiciens. Mais les organisateurs n’engagent plus de groupe.

Et vous maintenant, vous avez réussi à retrouver un plaisir de jouer qui, peut-être, vous avait fui auparavant ?

Non, peut-être seulement au niveau du message. Je faisais moins attention. Mais j’ai continué de jouer avec Jaba and Friends, et puis le studio s’agrandit, on avait des choses à faire et on l’a fait. Il y a de nouveaux musiciens, et un choeur maintenant. On a découvert les choristes pendant une jam et c’était une révélation. Et le tromboniste, son rêve quand il avait 8 ans, c’était de jouer dans les Moonraisers du coup là c’est génial pour lui. Et puis il y a des anciens qui sont revenus aussi.

Avec votre nouvel album « Who are We? », il y a une démarche extraordinaire qui consiste à ne pas entrer dans ce système lucratif mais à gagner de l’argent et ensuite à le redistribuer d’une manière différente. Est-ce que les musiciens ont accepté cela ? Comment vous gérez l’argent récolté ?

C’est un rêve, pas un projet. Notre but, c’est de lancer un débat sur comment vivre sur Terre sans lui faire du mal. On verra ensuite comment on va faire. On n’est pas en train de se dire qu’il nous faut 100’000 balles. Après, on va trouver des terrains à acheter et on verra par la suite. Je suis pas là en train de dire qu’il faut faire comme ça, on va observer et peu importe où ça se passe. Il faut trouver de la cohésion entre les gens pour trouver des solutions qu’on ne doit pas chercher dans un livre. Il faut qu’on observe, et ça va prendre du temps. Concernant les musiciens, ils sont payés mais c’est moins que leur salaire normal. On est tous payé pareil, mais c’est un minimum. On verra à la fin combien il nous reste et voilà. Moi je regarde les terrains tout le temps, c’est pas si cher que ça en fait !

Si on revient un peu à l’aspect musical, qu’est-ce que vous avez travaillé de nouveau ?

On a travaillé avec des gens qui sont ultra motivés et qui avaient envie d’être là avec ce projet. Peu importe les circonstances, peu importe le salaire, les musiciens ont envie d’être là. Les Moonraisers ont toujours fonctionné comme ça, on était plus une tribu qu’un groupe, on s’aidait tout le temps. Et c’est ça qui est magnifique. On discute tout le temps de tout ça, sur qui on est et ce qu’on fait.

C’est un débat de société et la musique peut agir comme un vecteur.

Oui, j’ai vu ça depuis 20 ans. Et tu sais, maintenant on écoute la musique avec les yeux et le message n’a plus de place. C’est pour ça qu’on a arrêté les Moonraisers. On m’a dit qu’il fallait que j’arrête d’écrire et que je continue à chanter alors que ce que je chante c’est exactement la même chose que ce que j’écris. Ce qui m’énerve, c’est que les gens te mettent dans une case et qu’ensuite tu peux plus en sortir.

 

Festi’Neuch

Neuchâtel

14-17 juin 2018
 
Auteur:
Jorris

J’ai changé. Maintenant au lieu d’écouter de vieux vinyles de rock, j’écoute de nouveaux vieux vinyles de rock. Franchement, j’ai changé

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