Montreux Jazz: Agnes Obel fait trembler la Riviera

AlexPar Alex  •  5 Juil 2014 à 03:11  •  Live  •   61 views

Agnes Obel by Sofie Amalie

Les badauds défilent dans les rues. Ils annoncent le début du Montreux Jazz Festival 2014. Les mélomanes se dirigent tous vers le même endroit: le 2m2c. Le Centre des Congrès s’habille à nouveau de ses plus belles couleurs musicales pour la 48ème édition.

Images: © 2014 FFJM – Daniel Balmat

Olafur Arnalds © Daniel BalmatNous avons eu le plaisir de pouvoir assister aux concerts de Olafur Arnalds et de Agnes Obel le 4 juillet au Montreux Jazz Lab. Mes oreilles se rappellent de leur premier passage en Suisse au Blue Balls Festival de Lucerne. C’était en 2011 au Konzertsaal. Il partageait déjà l’affiche. Olafur Arnalds s’accompagnait uniquement d’un violoniste. Agnes Obel était seule devant un piano blanc pour présenter son premier album « Philharmonics ». Qu’en est-il aujourd’hui?

L’Islandais aux mains fragiles

C’est fascinant de voir jouer Olafur Arnalds au piano avec une chemise blanche et sobre. Non parce qu’il est timide. Mais plutôt parce qu’il utilise son instrument comme un trésor de sonorités isolées. Il ne pose presque jamais tous ses doigts sur le clavier. Ce jeu est particulier. Il préfère presser une touche, parfois deux, et puis soudain plusieurs notes retentissent sans prévenir. Il bricole. Il traficote. Comme l’illustre à merveille son entrée en scène. Il invite le public à enregistrer une nappe de voix pour l’inclure dans le premier morceau du set. Comme pour l’accueillir dans son univers sensible. Léger couac informatique. Rires surpris. L’ordinateur ne renvoie qu’un bourdonnement et aucunement le do des hommes ou le sol des femmes. Tout le monde recommence. Les machines reprennent du service.

Il faut attendre ‘For Now I Am Winter’ pour mesurer ce que l’Islandais apporte à la musique dite classique. C’est alors que tonne les premiers samples tandis que l’orage longe la Riviera. La mélodie prend de l’ampleur. Les instruments à cordes donnent de la profondeur à la musique. Ils grondent plutôt que de murmurer. La violoniste propose un solo intense au milieu du concert. Elle en perd les fils de son archet. Les premiers mouvements de tête traversent la salle comme un souffle froid venu du nord. Rien n’est vraiment gelé dans la musique de Olafur Arnalds. Elle ne frappe pas l’assistance par une froideur glaçante mais par quelque chose de chaleureux.

Contrairement à son premier passage en Suisse, il est maintenant accompagné de quatre musiciens et d’un chanteur. Ce qui rend sa musique plus profonde et plus hétérogène. Il s’adresse peu au public. Il ne parle pas beaucoup. Ou plutôt, il laisse la parole à son âme derrière son instrument et son ordinateur. Il suffit de regarder son visage au milieu d’un morceau pour comprendre qu’il parle grâce au piano. Il semble possédé, quasi déséquilibré, démembré par l’émotion qu’il met dans ses compositions. Ses yeux bleus expriment un homme fragile attaché aux détails plutôt qu’à l’ensemble.

Montreux Jazz Festival 2014 LAB Agnes Obel © Daniel BalmatLa Danoise à la voix de cristal

Le concert de Olafur Arnalds est terminé. Il revient une dernière fois saluer le public en indiquant sa montre. Malheureusement le rappel est impossible. Quelques minutes de pause avant de voir le compte à rebours débuter pour Agnes Obel. Elle arrive sur scène. Elle porte une élégante et ample robe blanche. Elle s’accompagne de trois musiciennes: deux violoncellistes et une violoniste. Elles débutent par un morceau instrumental. De quoi imposer le calme et le respect. Les basses sont fortes et les aigus plus discrets.

‘Fuel To Fire’ arrive comme une détonation. Les cordes tremblent. L’ambiance devient plus grave. Puis les visages se détendent à l’écoute du plus dansant ‘On Powdered Ground’. Quelques notes témoignent encore de la gravité mais les crissements plus aigus des violoncelles font grandir la mélodie au point de faire trembler les murs du Montreux Jazz Lab. Aucune percussion, si ce n’est le violoncelle de temps à autre. Les basses envahissent les corps au point d’entrer dans le torse pour ne pas en ressortir jusqu’à la fin du concert. Agnes Obel entrecroise les morceaux de ses deux albums « Philharmonics » et « Aventine ». Ce qui donne une couleur particulière au concert dans la mesure où les deux opus ne se ressemblent pas réellement.

‘Dorian’ fait presque danser le public. Les musiciennes possèdent une rarissime complicité. Elles ne se regardent pas. Elles s’écoutent. Lorsqu’elles changent de mélodie, le changement se fait naturellement, doucement. Elles ralentissent le rythme avant de repartir dans de nouvelles séquences musicales (loops). Le sens de l’harmonie côtoie la rigueur musicale. Elle revient pour le rappel avec deux morceaux. ‘Katie Cruel’. Un chant originaire d’Écosse mais qu’elle reprend dans la version de la chanteuse américaine Karen Dalton. Elle joue la dernière composition seule au piano: ‘Smoke & Mirrors’.  Ce titre s’adresse à son père, guitariste professionnel dans sa jeunesse. Il a vécu en Suisse. Elle introduit le morceau en soulignant cette particularité et le plaisir de jouer à Montreux après trois essais infructueux.

Elle semble profondément touchée lorsqu’elle quitte la scène en cachant en partie son visage. Le mystère a opéré. La musique a ravi. La magie a réjoui. Les pièces pour enfants de Chopin que jouait parfois sa mère ont atteint une oreille attentive.

Jetez encore un oeil sur la programmation. Vous aurez de quoi assouvir votre besoin de bonne musique. Vous pouvez même écouter ce qu’il y aura à Montreux durant le festival: ici

Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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