Montreux Jazz 2017: le flamenco, le crooneur et le Personnage

AlexPar Alex  •  16 Juil 2017 à 17:00  •  Live  •   7 views

Il y avait un héritier britannique de Paco de Lucía, un joueur de kazoo, du funk, un crooneur francophone et un retour en grâce pour la clôture du Montreux Jazz Festival le samedi 15 juillet. De quoi assurer une belle soirée entre découverte et confirmation.

Photographie: ©2017 FFJM – Marc Ducrest

Jouer de la guitare à la manière du flamenco, proposer des folk songs et chanter avec une voix limpide. C’est la recette musicale de Charlie Cunningham. Et elle semble plaire. La salle est déjà pleine en ce début de soirée. Le trio assure le spectacle sur scène et le public est extrêmement enthousiaste. C’est assurément une musique très inventive.

Les trois musiciens – un homme au clavier, l’autre à la batterie et le dernier à la gratte – se trouvent exactement à la frontière entre la culture flamenca et les chants traditionnels britanniques. Le concert est d’autant plus réjouissant que l’album m’avait fait pâle impression. Comme quoi le live permet de redécouvrir à juste titre un artiste dont le style est plus qu’original. À suivre donc.

Le fan, le kazoo et le funk

L’errance joyeuse recommence ensuite entre les différentes scènes durant quelques minutes avant le début de Benjamin Biolay. Juste le temps de taper la discussion avec Benjamin Clementine. Ou plutôt: juste le temps de le saluer, lui serrer la main, le  remercier pour sa musique et lui souhaiter un bon concert. Il me remercie et me souhaite un bon festival. Il est assis hors des loges et regarde les festivaliers qui passent près des tourbus. Il continue à discuter avec un membre du staff quand je m’éloigne. Je l’avoue, j’ai un peu fait le fan sur ce coup-ci. Je vais maintenant jeter un oeil à la programmation de Music In The Park.

Un moment inattendu et du funk allemand

Un mec joue du kazoo et de l’air guitar avec une perruque de rasta à côté d’une table pendant que le prochain groupe fait un dernier soundcheck. Ça c’est très classe. Que fait-il exactement ? Il s’amuse sûrement. Si seulement tout le monde faisait pareil et sans gêne. On présente le staff de Music In The Park sur scène. Peu d’applaudissements. C’est navrant puisque cette équipe nous offre chaque année d’excellents concerts. Ils mériteraient plus de bruits. Je dis ça, je ne dis rien. Je suis un peu le seul à crier pour les remercier. Et je le répète encore une fois avec plaisir: merci à eux et à tous le staff du Montreux Jazz Festival !

Le concert débute. Un petit gosse danse et s’éclate à côté de sa maman et l’entraîne dans la musique. Tout le monde devrait s’inspirer de ce gamin et inviter un proche à lâcher prise. Le public reste pourtant statique devant le groupe Fatcat qui harangue la foule dès le premier morceau grâce à de gros riffs de guitare. Ce manque de réaction, ou de répondant, est un curieux comportement qui s’observe trop régulièrement dans nos contrées. C’est dommage.

Heureusement les festivaliers participent au bout de trois morceaux. C’est parti ! Le chanteur demande de balancer les bras en l’air. Ils le font. Et la fête commence. Je suis un peu rassuré parce que le funk des Allemands est plutôt efficace.

Un Benjamin fait le boulot et l’autre enchante

Je reprends la direction du Lab pour le concert de Benjamin Biolay. Benjamin Clementine, lui, est toujours assis au même endroit. Mais, cette fois-ci, il discute avec un autre membre du staff. Le concert commence et le crooneur français déploie ses plus grands tubes. Il joue très rapidement ‘La Superbe’ qui prend de la puissance en live et puis il enchaîne presque immédiatement avec ‘Roma (amoR)’. Je suis un peu déçu de ne voir aucun instrument à cordes sur scène. La prestation aurait peut-être gagner en ampleur. Elle est solide, mais c’est tout.

Quelques minutes de patience et Benjamin Clementine entre enfin en scène. Il se présentait en solo au Club en 2014. Il est accompagné de quatre choristes, une pianiste, un bassiste et un batteur. Je suis impatient d’écouter et de voir ce qu’il propose dans cette formation élargie. Et je suis heureux de le revoir une seconde fois sur une plus grande scène du festival. Il y a quelque chose de magnifique dans la volonté de voir grandir certains artistes en les déprogrammant quelques années après leurs débuts. Le public les voit grandir.

Le concert commence. Benjamin Clementine a un comportement qui peut paraître hautain lorsqu’il tourne le dos au public et chante face au chœur. Sa musique oscille entre relecture de ses propres morceaux et improvisations. Le Personnage scénique est spontané et n’hésite pas à interrompre un morceau pour se plaindre du manque d’entrain du public. Il fallait attendre le dernier soir du festival pour qu’un musicien ose la remarque. Un froid passe d’abord dans Lab et puis les spectateurs se laissent enfin aller.

S’en suit des jeux de voix entre les choristes et Benjamin Clementine. Ils font frissonner les murs de la salle de concert. On peine parfois à reconnaître les morceaux tellement il les a revisité depuis son précédent passage à Montreux. Ce qui, je continue à le croire, est toujours bon signe pour la suite. Il évolue. Il arrête et reprend ses morceaux quand bon lui semble, à l’aise, ailleurs. Il entonne ‘Condolence’ et interagit avec les spectateurs. Il demande à qui envoyer des condoléances. Quelqu’un crie EgyptEt voilà que Benjamin Clementine entonne la chanson en reprenant le mot. Il inclut aussi Montreux et Switzerland. C’est à partir de là que l’ensorcellement débute. Mais c’est exactement quand je dois partir.

J’ai dû courir pour attraper le train avant la fin du concert. S’il vous plaît, Montreux Jazz et les CFF, essayez d’organiser des trains spéciaux qui ne s’arrêtent pas à Yverdon mais vont jusqu’à Neuchâtel dès l’année prochaine. Ce serait si merveilleux. À l’année prochaine !

 

 

Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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