Message To Bears – « Departures »

AlexPar Alex  •  27 Déc 2011 à 12:40  •  Albums  •   81 views

Il suffit toujours de peu pour partir dans des univers foisonnants mis en musique avec talent. Une guitare, des cordes, quelques notes de piano qui se superposent font ici l’affaire pour composer des paysages musicaux dont le pouvoir évocateur est bluffant. Ces instrumentaux sont des départs quotidiens et en toute simplicité. Voilà ce qu’évoque l’album « Departures » de Message To Bears.

Cette autoproduction, datant de 2009, fut édité en format CD la même année par Dead Pilot Records et parut ensuite à l’aube 2011 en format Vinyl co-édité par le label Ritual Echo Records. Elle perpétue ainsi la tradition selon laquelle les modestes joueurs de l’industrie musicale, ou simplement les acteurs indépendants, saisissent bien plus justement les émotions que les piètres imitateurs commerciaux qui suivent la mode; électrique aux dernières nouvelles. Certes, ces larbins ont parfois du talent au départ avant de se détruire dans l’uniformisation du son. Ils parviennent toutefois rarement à progresser en s’éloignant toujours plus d’eux-mêmes. Ils contribuent ainsi seulement à l’amas navrant de clapotements boueux que l’on entend trop souvent. Heureusement, les harmonies célestes qui composent « Departures » sont à l’extrême opposé de toute cette boue musicale. Pourquoi osent-ils gagner autant d’argent sur le dos de merveilleux artisans de l’art tel que Jerome Alexander, initiateur du projet Message To Bears ? La musique n’est pas histoire d’argent, on est bien d’accord, mais tout de même !

Sans plus tarder, parlons dès à présent plus particulièrement de l’album « Departures » de Message To Bears ! Dix morceaux le composent. Dix départs dans un univers façonné par une sensibilité rythmique qui atteint son sommet harmonique sur ‘Autumn’. Dix mélodies qui s’assemblent naturellement comme se succèdent les saisons. Ici l’automne dévoile ses plus belles couleurs musicales et là le blizzard souffle la neige qui soulève doucement les flocons de souvenirs enneigés par le temps comme dans ‘Snowdonia’. Quelques brindilles musicales de violon côtoient un fond mélodique aux couleurs de guitare acoustique. La poésie de ‘Hope’, fragile parcelle de mélancolie, touche par sa simplicité. ‘At The Top of This Hill‘ fait se côtoyer une voix avec des bruits comme enregistrés dans le hall d’un vieux collège d’enfance. Des fantômes qui survolent l’instrumentation et hantent les territoires mis en musique par Jerome Alexander. Dix paysages dont l’essentiel tient dans le contraste de la couverture de l’album. Quelques roseaux fragiles mais solides qui dépassent dans une brume glaciale. Un être sensible qui s’inspire du froid pour composer des territoires musicaux où l’on fuit vers une chaleur humaine rassurante.

Toutefois, ce beau bricolage acoustique souffre peut-être d’un manque de variation. Les structures semblent se répéter d’un morceau à l’autre. On a l’impression de se trouver continuellement dans un crescendo. Parfois l’écoute semble ainsi répétitive car les nuances se font probablement dans les détails minutieux de la mélodie. Et puis, on pourrait reprocher le manque de voix qui donnent notamment à certains morceaux une dimension fantomatique et mystérieuse assez particulière et intéressante. Cette sensation de survol par dessus l’essentiel couplée à l’absence de parties vocales plus nombreuses prennent pourtant un sens merveilleux si l’on aborde l’album dans son ensemble. Tous ces éléments sont en effet éparpillés dans les différents morceaux. Ce qui confère naturellement un charme tout particulier à la personnalité qui se dévoile dans cet album instrumental d’une trop belle rareté.

Finalement, Jerome Alexander donne, avec son projet Message To Bears, une leçon aux quelques impostures musicales qui empestent parfois nos ondes radiophoniques. Bien plus encore, il construit un univers fait de sensibilité, avec ses paysages et ses particularités, dans son coin, en toute intimité. Il utilise même la musique électronique à toute petite dose et intelligemment pour dévoiler des paysages touchants qui n’attendent que d’être explorés. Des départs qui ne devraient pas finir mais se répéter toujours pour préserver la spontanéité d’une émotion. Il ne faut donc pas grand chose pour voyager. On attend avec impatience 2012 et le nouvel album annoncé.

Dead Pilot RecordsRitual Echo Records / 2009-2011

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