Maria João, le battle perpétuel avec ses (é)mois pluriels

KarimPar Karim  •  30 Sep 2017 à 15:00  •  Live  •   8 views

En une heure et demie de loopings ravageurs, Maria João et Leo Tardin ont déboussolé toutes les horloges jurassiennes. Spectacle schizo-scénique dans la cave du « Café de Paris », à la Tchaux

Avant que les deux phénomènes arrivent, on a le temps de contempler dans le détail l’envoûtante voûte en pierre de taille de cette cave du « Café de Paris », nichée ici depuis la deuxième moitié du XVIIIème siècle, rien que ça. Le canton a eu la bonne idée, voilà trente ans, de la classer parmi les monuments et sites d’importance.

Peu après, l’endroit est devenu une salle de concerts, animée depuis 1999 par l’exigence d’un quintet de passionnés qui s’est choisi le nom suivant : MURS DU SON. Cela ne vous dirait-il pas quelque chose ? Les fondateurs du site où vous vous prélassez actuellement ont-ils été des usurpateurs sans le savoir ?

Je suis en tous les cas bien content de réparer l’imposture involontaire, ou de façonner le premier pont entre ces homonymes, grâce à la prestation de Maria João et de Léo Tardin. Elle a eu lieu le vendredi soir 29 septembre 2017, l’air était doux, le public avait répondu présent et les verres s’entrechoquaient plus ou moins délicatement.

Madame avait déjà donné de la voix le jour précédent, avec le projet Ogre, une formation plus conséquente et différemment explosive. Deux spectacles qui prenaient place dans le cadre du festival Olá Portugal, soit un petit mois pour découvrir ce pays, par tous les sens sens dessus dessous, grâce à l’initiative de l’Association Vivre la Chaux-de-Fonds. Merci c’t’équipe.

L’homme au doigté arc-en-ciel ; la femme mosaïque

Elle arrive en jupe rouge et chemise verte, l’ensemble surplombé d’une coupe afro de toute première qualité ; elle a 60 ans, en paraît trente de moins. Lui est plus sobre : chemise foncée où chuchote la voie lactée.

Elle commence par quelques couplets tout en légèreté, seule ; puis lui s’y met. Elle l’accompagne alors du bout des bras et des doigts, avant de se mettre à déplier la carte de son labyrinthe intérieur. Ceux qui ne savaient pas à quoi s’attendre comprennent instantanément que Maria João rime avec surprenante, entraînante et troublante.

Ses postures, sa gestuelle, font le grand écart d’une esquisse de Degas à un clip de Daft Punk. Quant à sa voix, on peut dire, sans trop se risquer, que madame est habitée : tous les fantômes du Mozambique et du Portugal se trémoussent au portillon, ils veulent embarquer pour le Brésil ou les États-Unis.

Leo Tardin et Maria João explorent les gammes de l’impossible, matraquant toutes notions de formatage. Elle se balance de la petite fille malicieuse au chanteur indien asthmatique, avec passage par la case siphon bouché maquillé en comédie musicale. Cette femme est un cartoon imitant Maria Calas déguisée en human beat boxer ayant trop fumé. Ou alors un griot tombé sur la tête depuis le sommet d’un baobab se prenant pour une girafe.

Lui, plus sobre, se gymnastique aussi par moments, rattrapé par ses notes et par les insolences de sa compagne de scène.

Entre hommage et dégommage, il n’y a qu’un fou rire

On aura donc voyagé de l’anglais au portugais, avec escales en ska, borborygmes et suraigus. Au final, Maria João rend hommage à Jobim, et donc à Vinicius de Moraes. Mais comme vous l’aurez compris, cela ne pouvait se faire qu’en irrévérences et inventions farfelues.

Pour le dernier morceau, elle marche sur le fil du ‘Canto de Ossanha’ en sautant allégrement dans le vide. Même pas peur, et même pas besoin de se rattraper, Maria a un baluchon rempli d’ailes et de parachutes multicolores.

Une fois qu’elle a atterri, la salle a besoin de quelques secondes pour comprendre ce qui vient de se dérouler (certains, au bar, sont passés à côté ; Maria les a perdus par ses exubérances en tous transgenres), avant de rugir son bonheur sans retenue.

Les deux musiciens s’en vont, puis reviennent pour calmer l’excitations générale. Ils nous proposent la ‘Suite dos pescadores’, un morceau de Dorival Caymmi que Jobim a aussi chanté. Le ton est plus dépressif, on y entend même un « a gente » qui vibre de fado.

Mais Maria remet son masque de clown pour le salut, taquinant son ami pianiste jusqu’au dernier moment en notre compagnie.

Vous trouverez toutes les informations supplémentaires sur les manifestations de Olá Portugal (encore jusqu’au 7 octobre 2017) sur leur site internet.

Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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