Les images musicales

AlexPar Alex  •  20 Nov 2016 à 16:00  •  Magazines  •   5 views

La musique donne de la force aux images. Elle renforce la dramaturgie d’une séquence et forge la réussite d’un film comme dans le cas des “Huits salopards“ de Quentin Tarrantino. Elle appuie parfois même une critique comme dans “Into The Wild“ de Sean Penn. Ce sont seulement deux exemples parmi une myriade de bandes originales indissociables du film qu’elles accompagnent. Passons en revue quelques relations existantes entre l’émotion musicale et cinématographique.

D’abord j’aurais voulu appuyer ce rapprochement entre la musique et le cinéma sur l’interview de Jason Swinscoe, fondateur du groupe The Cinematic Orchestra. J’aurais voulu savoir comment une formation compose pour un projet cinématographique tel que “Les ailes pourpres“ dans lequel la musique épouse le mouvement des flamands roses notamment lors de la séquence d’ouverture.

Malheureusement la rencontre n’a pas été possible. C’est pourquoi je choisis de survoler des bandes originales qui m’ont marquées et de présenter quelques exemples où la musique sert le film, ou inversement. Quand les instruments renforcent l’émotion visuelle.

Et je commencerai donc par évoquer le contemplatif “Baraka“ de Ron Fricke, portrait cinémato-musical de l’humanité, qui utilise justement la musique en l’associant à l’image dans le but de provoquer des réactions auprès du téléspectateur comme lorsque des geishas se retirent en faisant signe de leurs mains et que le réalisateur décide d’enchaîner, en changeant de mélodie, en montrant l’effort de guerre qui, comme nous le savons, détruit encore tristement des territoires entiers. Comme s’il s’agissait d’un au revoir à l’humanité.

Cette séquence illustre parfaitement ce qu’il est possible de faire en associant des notes à des images particulières. Cette rencontre déclenche une certaine réflexion, une perspective. Ici, la musique sert sûrement le propos du réalisateur. D’autres exemples, plus proche de nous, montrent que les musiciens trouvent aussi un intérêt à se mettre au service d’un film.

C’est notamment le cas de Sophie Hunger qui signe la bande-originale du sublime “Ma vie de Courgette“ de Claude Barras. Courez au cinéma s’il y est encore en ce moment ! C’est une merveille ! La musicienne suisse complète effectivement le monde poétique du film d’animation par des compositions candides qui collent exactement à la tonalité mélancolique du scénario. Et puis Claude Barras a également su utiliser le morceau ‘Eibär’ de Grauzone, le groupe des frères Martin et Stephan Eicher, pour décrocher un sourire sur les lèvres du spectateur.

Ces liens entre les films d’animation, leur contenu comique et la musique ne datent pas d’hier. Il suffit de nous rappeler les Tex Avery et autres dessins animés comme Tom et Jerry. La musique et les bruitages provoquent l’effet comique. L’équation est simple : sans le son, les épisodes seraient moins drôles. Le même aphorisme vaut encore pour le grand Charlie Chaplin puisqu’il a lui-même été le directeur musical de la “Ruée vers l’or“ par exemple.

Cette volonté d’accompagner les coups et les chutes de sons comme dans les Tex Avery trouvent aussi un écho auprès de musiciens plus contemporains tel que Chassol. Ce dernier s’en distance néanmoins et il souhaite harmoniser le réel comme il nous l’avait confié lors d’une rencontre au Cully Jazz Festival 2016. Il sillonne le monde à la recherche de sonorités qu’il utilise par la suite comme instrument. Le résultat est éblouissant et se trouve exactement au point de rencontre entre le cinéma et le son.

Enfin, la musique peut tout simplement indiquer l’état émotionnel d’un personnage comme dans “Valse avec Bachir“ d’Ari Folman. Ce film d’animation-documentaire aborde la question de la mémoire et de l’oubli à la suite d’une guerre. Max Richter a écrit la bande originale qui donne vie aux images et pose l’atmosphère du film. Cet exemple est peut-être le plus explicite de l’interdépendance entre la musique et le cinéma. En effet, la bande dessinée nécessite du son si elle veut devenir voix.

Nous pourrions encore parler longtemps et découvrir de nombreuses bandes originales qui vont dans le même sens de ce qui a été dit précédemment. L’immense Ennio Morricone, au plus de quarante récompenses dont 7 Oscars pour la meilleure musique de film, est certainement le chef d’orchestre qui incarne le plus parfaitement le propos de cet article. Il suffit de revoir la scène d’ouverture des “Huit salopards“ de Quentin Tarrantino pour s’en convaincre.

 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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