La Russie reculée des Gnoomes

MalvinPar Malvin  •  18 Déc 2017 à 07:00  •  Découvertes  •   84 views

Un satellite, une nouvelle fréquence. Une terre de musique encore inexplorée. Non, de cette région, je n’en connaissais aucun ! C’est à première vue flottant, un semblant psychédélique, et surtout très envoûtant. Approche. Scotché. C’est quoi leur nom ? Gnoomes. Je ne pense pas correctement le prononcer, mais à coup sûr je saurai les écouter.

Le son de l’aiguille rotative vibre dans un continuum hypnotique. La peau s’étire de douleur et d’extase tandis que les sélections de YouTube tournent. Un bourdonnement, un rythme, une fraîche odeur d’encre. C’est alors que, de cette transe, une synchronisation s’opère, la musique se calque à l’épiderme. Je ne la connais pas, je ne connaissais pas encore ce groupe, cette formation ayant marqué à vif ma chair et mes souvenirs, ce groupe du nom de Gnoomes, à la pureté onirique et au cheminement rythmiques des années expérimentales allemandes.

Tombé à pic, il faut dire. Tournure de cet automne, je suis dans une période très kraut. J’ai besoin de répétition, j’ai besoin de réverb’ et d’expérimentation. Loin de la torpeur (pourtant délectable) d’un lourd été, c’est vers de nouvelles découvertes que je me tourne, d’un autre genre. Je parle de ces recherches s’étirant sur des après-midis entières, entre perte et déambulation sur des sentiers électroniques. À défaut de la réelle route des mois passée.

Faraway Land

Au-delà de l’expansion latino-germanique, on oublie souvent que d’autres racines sont encore intactes au sein de notre tendre Eurasie, s’étirant généralement entre un lieu et un autre sans connexion directe, si ce n’est une mystérieuse histoire dont les experts s’efforcent de retisser les liens. C’est ainsi que la ville de Perm, en région d’Oural, tire son nom de la ramification finno-ougrienne, racine de la culture Magyar, de la Hongrie, de la Finlande, et de ces steppes reculées en Russie, à 700 miles de la Moscou mère, où les trois fondateurs de Gnoomes ont vu le jour. Un nom de sens, solide et profond : Les « Terres éloignées ».

« Être dans un groupe nous permet de garder la distance avec la folie de la Russie ». Des dires à la symbolique également puissante, en ces landes gorgées d’histoire et de mouvement. Je ne peux qu’y déceler une image de détachement, de décollage, de recherche autant céleste qu’introspective pour les Gnoomes, dont les deux premiers albums se répondent et se confrontent déjà. Tous deux signés sur Rocket Records, « Ngan ! » (2015) fut mon entrée en matière, ma mise en bouche douce et acide aux sonorités répétitive et mélancoliques, suivi du plus expérimental « Tschak ! » (2017), dont les titres sont plus nombreux, et la recherche plus éclectique. Electrique.

Ressac

C’est donc au milieu d’une myriade de groupes au néo-psychédélisme innovateur que je décide aujourd’hui de pointer le doigt sur ce jeune trio. Pourquoi eux alors ? La simple écoute du premier titre ‘Roadhouse’ en dira bien plus long que mes maigres mots, au sens autant clivé que subjectif. Quand on décide d’écrire sur un artiste, c’est qu’il y a eu émergence d’émotion. Une vague de renouveau, et même parfois de nostalgie, de souvenirs, vécus ou non, venant s’écraser sur les parois de notre cave intérieure. ‘Roadhouse’ est un chef d’œuvre. En boucle, il transcende, il nous floute, il monte et descend au rythme de voix sublimes, lointaines, porteuse d’un message et d’onirisme. Seize minutes. Trop peu, toujours trop peu. On le souhaite interminable.

C’est pourtant avec douceur que d’autres titres répondent subtilement à l’épopée. ‘Myriads’ par exemple conte, pose le rythme, glisse, entre un Slow Dive et un War On Drugs, alors que ‘Maria’ s’aventure sur des territoires sonores plus psychétroniques, à la lisière d’un Tame Impala acidifié. ‘Severokamsk’, quant à elle, nous berce encore, mais à sa manière rapide, au synthétiseur spatial, robotisant notre écoute et nos rêves. Et ‘In The Park’, courte fresque rythmique et fragmentée, un Cocteau Twins revisité. C’est vite compris, les tracks sont nombreuses, et les horizons multiples. Ce qui d’ailleurs me donne un intérêt grandissant pour le groupe, évoluant au fil des écoutes. Je crois que c’est bon, en ce mois de novembre, je l’ai eu ma découverte. À vous maintenant d’expérimenter.

N’hésitez pas à faire un tour sur leur Bandcamp, où les deux albums sont disponibles à l’écoute.

 

« Tschak ! »

Gnoomes

10 mars 2017
 
Auteur:
Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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