DJ Krush : «Tout a commencé avec le film Wild Style»

MalvinPar Malvin  •  16 Avr 2015 à 13:17  •  Interviews  •   4 views

Le voici, le sensei des platines. Celui qui vingt ans en arrière a illuminé la scène hip-hop au Japon. Connu pour ses créations métissées d’abstract et de jazz, Hideaki Ishi, alias DJ Krush, est exclusivement de passage à Electron. Une occasion en or massif pour se lancer à sa rencontre.

Pas de tournée, une très faible visibilité, le simple fait de le voir annoncé pour la 12ème édition de l’Electron Festival à Genève est une aubaine miraculeuse. Cependant, qui aurait cru que le fameux Tokyoïte accepterait de me rencontrer en tête-à-tête? Et tout cela annoncé la veille de son concert. Tout amateur de jazz et de trip-hop confondu comprendra sûrement mon infarctus émotionnel.

Remis sur pied, c’est à son hôtel face à la gare que notre conversation se tissera. Je jongle d’un air admiratif entre ce personnage d’une cinquantaine d’années, sobre, de noir vêtu, une figure de yôkai (démon japonais) à son doigt, et son interprète anglo-nippon faisant preuve d’une grande patience. Un clic, le dictaphone tourne, DJ Krush se dévoile.

Bonjour. Présente-toi donc !

Bonjour, je m’appelle DJ Krush, je viens de Tokyo et ça fait 25 ans que je fais de la musique en tant que DJ et producteur de musique de film.

C’est très rare de te voir en Suisse. Quel a été ton dernier passage dans le coin ?

C’était au Montreux Jazz Festival en 2009, pour une performance musicale de M.O.D. Technologies, un projet amené par Bill Laswell. C’est un producteur et bassiste américain expérimental, qui enregistra notamment l’album « Future Shock » d’Herbie Hancock.

Tu donnes peu de concerts. Que fais-tu durant ton temps libre ?

En ce moment, je reste beaucoup en studio pour la création de mon nouvel album. Et si je ne suis pas trop occupé, j’aime vraiment bien prendre une bière fraîche dans ma poche et me balader dans un parc.

Quelle bière précisément ?

Normalement, je bois de la Sapporo, mais en ce moment j’aime beaucoup la Kirin Dry, une bière à forte saveur !

Dans quel contexte t’es venue la passion pour le monde du hip-hop ?

Tout a commencé avec Wild Style, le premier film hip-hop paru en 1983. C’était une période difficile pour commencer, car personne n’avait encore vu ça au Japon. L’art du turntablism était inconnu. J’ai alors écumé la ville à la recherche de matériel, mais même les magasins de DJ n’existaient pas ! Quand je demandais aux magasins de musiques s’ils avaient deux platines, ils me rétorquaient tout le temps : « Mais pourquoi deux ? Une vous suffit ! ». J’ai finalement commencé à mixer à Harajuku, au centre du quartier de Shibuya à Tokyo. C’est à ce moment-là que des rappeurs et des danseurs de break dance sont apparus.

Tu as pu donc en 25 ans vivre entièrement l’évolution du hip-hop.

Il y a bien sûr eu énormément d’évolution dans le milieu, notamment à travers l’intelligence technologique qui influença les générations. Le hip-hop, c’est comme un arbre qui se répand dans une myriade de styles différents.

Ce qui explique tes grandes influences jazz ?

Disons que je ne me cantonne pas à un seul genre, il en existe plein qui sont si intéressants ! J’aime puiser autant dans mes influences que dans mon style personnel. C’est ce qui donne vie au style de musique « DJ Krush » !

Je suis toujours déçu quand je parle de toi à mes amis japonais, car aucun d’eux ne te connaît. Est-ce dû à l’énorme influence de la J-Pop dans le pays ?

Je pense qu’en Suisse vous avez également différentes scènes musicales, notamment une scène hip-hop underground, n’est-ce pas ? Eh bien, c’est la même chose au Japon. L’underground japonais contient des personnalités très intéressantes ! Mais pour ce qui est des autres scènes, je n’y connais rien. En réalité, ça ne m’intéresse vraiment pas.

Ton nom d’artiste, d’où vient-il ?

Durant la période où je mixais à Harajuku, je me suis également mis à faire de la musique avec des Américains. Je n’avais pas encore de nom. Les gens se sont petit à petit intéressés à mon style de musique, et il a fallu me trouver un nom de scène. C’est alors que mes potes m’ont dit « You’re the crush ! » (« t’es le coup de cœur !»). Cependant, c’était encore un peu ringard. J’ai donc remplacé la première lettre par K.

Durant ta carrière, quelle a été ta meilleure leçon de vie ?

La musique n’a pas de frontières. Tu la tires droit de ton cœur. On n’a pas besoin de passeport, et pourtant elle voyage dans le monde entier. J’essaie toujours de connaître différentes cultures et modes de vie afin de passer une étape, autant les bons que les mauvais côtés. C’est ce que je conseillerais à la génération future, notamment à celle des artistes.

À quoi penses-tu quand tu crées ta musique ?

Je pense à un concept bien précis, accompagné d’un instrumental. Je me fais en quelque sorte un film dans la tête, avec une histoire. (Mime un avion qui atterrit) Simplement comme un avion qui est en train de se poser, la musique elle aussi se pose. Je regarde également les news à la télévision, j’y trouve mon inspiration.

Tu donnes donc une grande importance à tes sentiments, tes émotions.

Oui, ma musique est très personnelle, je tente vraiment de la contraster à ma façon. Vient ensuite le moment de la montrer au public, où chaque personne aura une image bien différente dans la tête. Et là je ne peux m’empêcher de me poser la question : « À quoi pensent-ils ? ». En cela, je trouve mon métier très excitant.

Quant à moi, ta musique me transporte dans des endroits calmes et sombres à la fois, sous la pluie d’une grande ville et de ses lumières de nuit.

Il est clair qu’en écoutant ma musique, il est difficile de s’imaginer aller à la plage, entouré de deux filles sexy en bikini, pour faire la fête (rires). Ce serait plutôt comme sortir d’une bouche d’égout dans une rue inconnue.

Dernière question : quel album en premier donnerais-tu à un extraterrestre te rendant visite ?

Je pense lui donner avant tout de la nouveauté. Mais si je dois vraiment choisir un seul album, je vais quand même opter pour un album de Miles Davis.

Voici un fabuleux extrait de son dernier album paru en 2013, histoire de poser un son sur les paroles de ce maître des platines:

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

Dans le même genre...

Phanee de Pool a sorti son premier album. Nous nous sommes assis autour d'une table pour en savoir...

Les thrasheux singinois s'ouvrent à nous à l'occasion de la sortie de leur dernier album.

Rencontre avec le groupe neuchâtelois Yanač