KoQa : « Cyclic Oscillation fait de nous un quintet »

OlivierPar Olivier  •  25 Mar 2014 à 11:59  •  Interviews  •   52 views

Après s’être fait un nom en Suisse romande à grands coups de concerts, le beat-boxer chaux-de-fonnier KoQa nous revient avec un nouveau projet alliant ingénieusement sons et lumières.

Intitulé Cyclic Oscillation, cette création fait passer la formation du statut de trio à celui de quintet et risque bien de lui faire grimper quelques échelons supplémentaires.

Pour mieux comprendre en quoi consiste toute cette histoire et connaître un peu plus le bonhomme, nous nous sommes rendus dans la capitale du Haut pour bavarder joyeusement avec le principal intéressé et son compère VJ, le Baron von Öctø Püss.

Une interview placée sous le signe de la spontanéité et de la bonne humeur.

LMDS : Commençons par le commencement, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?

Bien sûr. Je m’appelle KoQa, Arthur de mon vrai nom, j’ai 22 ans et j’habite à la Chaux-de-Fonds. Je fais de la musique et plus précisément du beat-box, art que j’essaie de faire valoir comme instrument de musique et pas juste comme un instrument de performance comme on le voit souvent. C’est une passion que j’ai depuis quelques années maintenant et que j’enseigne également, depuis peu, aux gens désireux d’apprendre à faire de la musique buccale.

En me baladant sur ton site internet, j’ai pu lire que tes parents sont musiciens et que tu as joué de pas mal d’instruments de musique quand tu étais enfant. Comment en es-tu arrivé au beat-box ?

En effet, lorsque j’étais petit j’ai pratiqué le piano et l’accordéon, deux instruments on ne peut plus classiques. J’ai découvert le beat-box en écoutant un album d’Assassin, lors d’un départ en vacance avec la famille et des musiciens. Sur cet album, il y en avait un petit morceau, un truc tout simple. Ça m’a directement plu et durant tout le reste du trajet, je me suis entraîné à reproduire ce rythme. Mes parents et leurs amis musiciens faisaient une petite représentation à la fin du séjour et j’y ai participé en faisant des bruits avec ma bouche. Tout ceci se passait dans une cave à vins si vous voulez tout savoir. (Rires)

Ce n’est que quelques temps plus tard que j’ai su comment cette pratique s’appelait, grâce à un pote. Le reste est assez classique, j’ai découvert les pionniers du genre – Rahzel et Kenny Muhammad – et ai ensuite appris le reste sur le tas. Il faut dire qu’à l’époque il n’y avait pas autant de vidéos sur YouTube qu’aujourd’hui pour s’entraîner. Tout ça, c’était il y a sept ans et demi, le temps passe.

Aujourd’hui, cela fait un peu moins de quatre ans que l’on peut te voir sur scène. Je me souviens t’avoir vu une des premières fois lors d’une mémorable soirée dans l’ancien cinéma chaux-de-fonnier Le Corso…

Excuse-moi, je t’interromps.

Je veux juste faire une dédicace spéciale à cette soirée qu’était le Sorok Festival, événement organisé par notre ingénieur lumière actuel John Michael. Si j’apprécie particulièrement cette soirée, c’est parce que c’est celle qui a lancé ma carrière. Avant je faisais des trucs à droite, à gauche, notamment pour le Service de la jeunesse de la Chaux-de-Fonds et grâce au Sorok Festival, les gens ont pu me voir sur scène. Je dois un bon nombre des grosses dates de l’été suivant à cette soirée.

On me demande parfois s’il y a une date que je retiens plus que les autres et malgré toutes les belles dates que j’ai pu faire, c’est celle-là qui reste gravée dans mon cœur.

Quatre ans que l’on peut te voir sur scène mais l’on ne peut toujours pas t’écouter sur album. Est-ce parce que pour toi l’on ne peut pas mettre le beat-box en boîte ou est-ce simplement parce que tu attends un moment plus propice pour en faire un ?

Primo, je suis effectivement assez d’accord avec ça. Je ne pense pas que le beat-box soit fait pour être mis en boîte.

Secundo, c’est que jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu envie de faire un album alors j’allais pas en faire un juste pour en faire un et ce, même s’il y a des festivals qui le demande pour pouvoir jouer. Je pense qu’à l’heure d’aujourd’hui les choses évoluent et que l’on peut passer au-dessus de ça.

Il faut aussi dire que nous, notre raison d’être, c’est le live. C’est là qu’est notre puissance, ce côté performance intrigante avec du beat-box, une batterie et une trompette. Par conséquent, on a préféré s’axer sur le live plutôt qu’un enregistrement.

Néanmoins, avec mes compères musiciens, on part de plus en plus vers la musique plutôt que la performance et on commence ainsi gentiment à accepter l’éventualité de faire une fois un album. On en a discuté à la dernière répétition, ce n’est pas totalement impossible, mais on ne le fera que si l’envie est partagée par tous.

Un album une fois, sûrement. Quand ? Aucune idée… (Rires)

Au début de ta carrière, tu étais seul sur scène. Puis, les choses ont changé avec l’arrivée de Félix à la batterie et Paul à la trompette, faisant naturellement évolué ton son. Pourquoi avoir fait ce choix de devenir un trio ? Était-ce pour t’écarter de l’image que l’on se fait habituellement du beat-box – c’est-à-dire un type sur scène qui fait des trucs incroyables avec sa bouche et d’un art très ancré dans le milieu hip-hop ?

Ouais, encore une fois tu tapes dans le juste et, encore une fois, il y a plusieurs réponses. (Rires)

Premièrement, c’est vrai que j’ai toujours eu cette volonté de faire autre chose du beat-box que ce que tu décris. Je suis comme tout le monde, après dix minutes de beat-box pur et dur, j’en ai marre. Même lorsque je vais rencontrer les potes lors de battles. Ça a beau être hyper impressionnant et instructif, après une heure, j’en ai ras le cul. C’est pour ça que j’ai commencé à utiliser un sampler. Pouvoir superposer plusieurs pistes vocales puis rapper dessus donnait un côté plus musical à ce que je faisais.

Ensuite, pour le choix du trio beat-box, batterie et trompette, cela n’a pas vraiment été calculé. Ça c’est plutôt fait à l’affectif, au plaisir. Pour le batteur, on s’était rencontré et une fois on s’est dit que faire un truc ensemble serait sympa. Ça a découlé sur un duo beat-box/batterie très axé performance.

Pour Paul le trompettiste, on m’avait demandé de faire un set d’une heure pour le concert du P’tit du Gros 2012 et je lui avais demandé de venir jouer pour pouvoir prolonger un peu mon set et faire quelque chose de nouveau. Ce soir là, nous étions les trois dans les loges et c’est là que nous avons décidé d’unir concrètement nos forces.

Ça c’est fait très spontanément. En général, pour tout le côté artistique, nous ne réfléchissons pas vraiment, nous préférons laisser faire. Cela explique les changements de son. Le mélange de nos influences, formations et techniques nous embarque dans des horizons divers, parfois calmes, parfois plus rythmés. On aime bien se laisser guider.

Lors d’une interview sur Paradiso (RTS Première), tu parlais d’influences jazz comme Ibrahim Maalouf ou Erik Truffaz. C’est venu de toi ou est-ce plutôt tes deux compères musiciens qui ont amené ça avec eux ?

C’est plutôt les deux autres… Voilà une réponse très claire pour une fois ! (Rires)

J’aime beaucoup le jazz, mais je l’écoute plus volontiers lorsqu’il est mélangé au hip-hop. L’influence dont tu parles vient vraiment des deux autres. Je trouve très chouette ce côté jazz que l’on peut avoir, ça crée une dimension plus personnelle à notre musique, chacun amène ce qui le compose musicalement parlant.

(Le Baron von Öctø Püss nous rejoint pour le reste de l’interview) – Il y a peu avec tes compères musiciens, John Michael aux lumières et le Baron von Öctø Püss aux images, vous avez débuté un nouveau projet : Cyclic Oscillation. En quoi consiste-t-il et comment est venue cette idée ?

KoQa : Une fois de plus, ça c’est fait très spontanément…! (Rires)

J’avais eu des dates où John Michael avait assuré les lumières, je connaissais bien son travail et, en plus, c’est un pote alors mon choix n’a pas été difficile à faire. Pareil pour le Baron, il avait bien assuré lors de la soirée Case Départ à la Case et lors d’un de mes shows au Festival de la Cité alors c’était clair qu’il allait être du projet. En plus de tout cela, les deux se connaissent bien et bossent souvent ensemble, notamment à Bikini Test – où Le Baron est résident depuis fin 2013 d’ailleurs.

Un jour, je suis allé vers les deux pour leur proposer de faire un truc tous ensemble et c’est comme ça qu’a débuté le projet.

Le Baron : L’idée de départ était clairement de faire un travail à cinq en ayant tous une même idée sur la direction à prendre. J’entends par là que même si une grande partie des morceaux était déjà créée, on voulait y ajouter des lumières et images pour y inclure une atmosphère nouvelle.

En se réunissant régulièrement, nous avons beaucoup échangé et tout le monde trouvait que la musique possédait un côté ronflant, qui montait en puissance. C’est ce qui est à l’origine du terme ’Oscillation’, avec les effets que Paul ajoute à sa trompette. Pour le ’Cyclic’, cela vient de la sphère que l’on installe sur scène qui sert de support aux images et lumières du spectacle. Cela nous a été inspiré par un objet similaire lors du concert au Festival de la Cité.

Après cela, nous avons rapidement agencé une résidence au Bikini Test pour pouvoir créer et répéter le show. C’est quelque chose de vraiment bien puisque on a bien eu le temps d’essayer des choses et de se concerter. D’habitude quand je travaillais avec John, on débarquait dans la salle et on devait organiser une trame pour tous les groupes de la soirée. Là, nous connaissons tout parfaitement : la setlist, les BPM. Nous sommes bien plus aptes à créer des ambiances sur cette musique et nous développons un langage plus intéressant avec les musiciens, nous nous influençons tous.

KoQa : Oui, c’est quelque chose d’important ça. Quand on a commencé ce projet, on s’est tout de suite dit que ce ne serait pas deux gars qui font des visuels sur notre musique, mais bien une création commune du show. Tout ça s’est bien passé et nous avons même finalement composé des morceaux exprès pour ce projet là. Nous avons aussi changé notre façon de jouer pour pouvoir nous adapter à ce qu’ils diffusaient. C’est autant la musique qui est influencée par les images, que les images par la musique. J’aime dire de ce projet que c’est un quintet, les techniciens font vraiment partie du groupe.

Je profite d’ailleurs d’avoir un VJ sous la main pour poser une question qui me turlupine depuis pas mal de temps. Comment sélectionnez-vous vos images !?

Le Baron : Tout d’abord, il y a les goûts personnels.

Ensuite, ce qui est intéressant lorsque l’on est VJ, c’est que l’on développe de nouvelles manières d’appréhender la vidéo. Personnellement, je fais beaucoup de vidéo à côté et cela m’a apporté des regards différents sur le montage. Je trouve que le boulot se sépare en deux parties : 50% technique et 50% artistique. D’un côté les images que tu vas pouvoir implanter et l’autre, la façon dont tu vas les implanter.

Au niveau du choix, c’est clair que lorsque tu fais une soirée avec plein de groupes, c’est toujours un peu compliqué. Tu vas choisir des images qui passent partout et essayer de t’adapter au thème de la soirée. A la longue, tu te fais une médiathèque personnelle, tu testes des choses et tu commences à savoir ce qui fonctionnent suivant les moments. On est très proche d’un DJ qui sélectionne ses morceaux en sachant ce qu’il faut à chaque moment.

Avant, je préparais beaucoup mes sets, sans doute par crainte de me louper. Il faut dire que si on éteint tout d’un coup les lumières à un concert, on se rend tout de suite compte de l’importance qu’elles ont. Aujourd’hui, je bosse bien plus en live et je pioche dans cette médiathèque au fil des musiques.

Plus concrètement, quels genres de visuels utilises-tu pour Cyclic Oscillation et sur quel support les projettes-tu ?

Le Baron : Pour ce projet, je n’ai pas trop voulu utiliser de captation live du concert. C’est une solution que j’aime bien, mais lorsque je ne sais pas trop où aller et qui ne colle pas trop à ce projet ci.

Cette fois, j’ai préféré utiliser principalement des images de Muybridge, des photographies qui datent des tout débuts de la photo. Ce sont des images de décompositions de mouvement avec des femmes, des hommes ou des animaux qui marchent et cela donne des vidéos très saccadées lorsque je les projette. Ça va vraiment bien avec la musique. Je les utilise comme un fil rouge qui n’a pas forcément de sens, mais qui te guide tout au long du spectacle.

Je les ai choisi parce que je les connais bien, j’ai déjà pas mal bossé avec et surtout, il y a en assez pour pouvoir les exploiter durant un set d’une heure.

Les images sont projetées sur un écran rond que l’on a découpé pour faire penser à une sphère. On envoie aussi des lumières dessus depuis derrière. Ca donne vraiment qqch de bon, on a crée une belle dynamique avec cette collaboration directe entre lumières et images. Cependant, elle n’est pas tout le temps activée.

C’est la première fois que tu fais autant partie intégrante d’un projet ?

Le Baron : J’ai pu participer à quelques projets notamment avec Wellington Irish Black Warrior ou les Coilguns, mais c’est vrai que c’est celui dans lequel j’ai le plus d’importance. On a beaucoup travaillé pour que cela donne quelque chose de bon sur scène, il a fallu acheter du matériel plus poussé, faire la résidence, …

Cyclic Oscillation a une histoire ou vous laissez l’interprétation libre à chacun ?

KoQa : Alors, c’est l’histoire d’une petite fille qui amène des tartines au beurre à sa grand-mère. Sur le chemin de la forêt, elle rencontre un loup… (Rires)

Oui et non. Ça n’a pas été crée comme ça, mais peut-être qu’inconsciemment ont y a mis du sens avec les atmosphères présentes. On laisse l’interprétation à chacun !

Le Baron : J’aime bien cette question, je pense qu’elle risque de revenir assez souvent. Ça donne un côté mystérieux.

De notre côté, on a pas vraiment envie d’avoir un fil rouge. On préfère se débrouiller avec les concepts et atmosphères que l’on développe. On utilise beaucoup notre précepte de : « ça se fait tout seul », comme tu as pu le remarquer. (Rires)

La première de ce nouveau spectacle a eu lieu à la Case-à-Chocs le 31 janvier dernier, lorsque tu as assuré la première partie de Rocé. Comment le public a répondu ?

KoQa : C’était une super surprise parce que l’on jouait à 21h30 et ceux qui connaissent cette salle savent qu’à ces heures-là, il n’y a d’habitude pas encore beaucoup de monde. Nous avons réussi à ramener pas mal de peuple, dont un certain nombre qui ne connaissait pas forcément Rocé. Ils ont payé 25CHF pour être là à cette soirée et ça, c’est quelque chose qui m’a touché.

Le Baron : D’autant plus que certains ne sont pas restés pour Rocé !

KoQa : Ce n’était pas une Case-à-Chocs blindée, mais il y avait beaucoup plus de monde que ce que l’on pouvait imaginer et ça m’a vraiment fait chaud au cœur. Le public était bien dedans, c’était une digne première soirée.

En parlant de live, tu as quelques dates à venir. Tu seras notamment le 14 juin à Festi’neuch, le 31 juillet à Estivales, le 6 août au Rock Altitude ou encore au Paléo. Toutes ces dates seront avec ton projet Cyclic Oscillation. Quel est l’avenir de cette nouvelle création, tu souhaites qu’elle devienne la formule de base ou est-ce-que ce sera plutôt un événement de temps en temps selon les disponibilités de l’équipe ?

KoQa : Personnellement, mais je crois que c’est aussi le cas des autres membres, j’adore jouer dans des squats, des machins improbables où en guise de cachets on reçoit trois Gralsburg et deux bravo. Ces dates-ci, on les garde en trio car ce n’est pas possible de faire un lightshow avec un vieux néon foutu. C’est aussi une formule qui fait plus de frais, de personnes à déplacer et même si on fait beaucoup nous, il nous faut un minimum de backline pour les lumières.

L’idée c’est que dans la mesure du possible, l’on fasse Cyclic Oscillation. C’est plus intéressant pour nous et, surtout, pour les spectateurs. Cela dépend beaucoup des possibilités techniques. Nous ne le tournons pas à mort pour le moment étant donné que ce projet est tout frais, le teaser est sorti il y a un peu plus d’un mois seulement. Il faut que ça s’installe gentiment.

J’ai pu voir sur ton site qu’à la fin du mois de mars, tu pars quelques jours en Belgique avec tes deux compères musiciens. Tu avais eu quelques soucis l’année passée avec la police belge, te faisant notamment dégager de la Grand Place de Bruxelles en plein busking. Les policiers te manquent à ce point ou tu fais plus dans la légalité cette fois ?

KoQa : Non, cette fois, je serai plus sage. (Rires)

Si on peut refaire une petite session dans la rue, on essaiera de le refaire parce que c’est génial, mais on y va surtout pour faire quatre concerts en trois jours. Deux à Bruxelles et deux à l’extérieur.

Ce que tu as vu de l’année passée, c’était dans le cadre du Freaks Show, une caravane qui fait des tournées en Europe avec une scène et des groupes, tout en incluant des artistes locaux à chaque arrêt. Nous avons pu faire la Belgique avec eux, c’était des vacances super. En faisant ces concerts, j’ai pu rencontrer des promoteurs et du coup, j’ai réussi à avoir quelques dates cette année… Ils ont même réussi à me mettre trop de concerts en pas assez de jours ! (Rires)

Non, je rigole, je me réjouis de pouvoir faire deux shows en trois heures. Ce sera une grande première.

httpv://www.youtube.com/watch?v=w_0ZXZcQqno

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