Kendrick Lamar – « DAMN. »

GlennPar Glenn  •  19 Avr 2017 à 19:52  •  Albums  •   9 views

Vous n’avez sans doute pas pu y échapper et nous non plus à la déferlante Kendrick Lamar. Attendu et annoncé une nouvelle fois comme un chef-d’oeuvre, son quatrième album intitulé « DAMN. » fait couler beaucoup d’encre.

Après le succès phénoménal de « To Pimp a Butterfly » sorti en 2015, le rappeur de Compton remet le couvert avec un opus décidément très politique, musicalement fort et corrosif. S’écoutant d’une traite comparé à son prédécesseur, il est néanmoins pas en deçà des ambitions de l’artiste, bien au contraire. Les morceaux s’enchaînent de manière soudaines, dont les passages abruptes à des styles musicaux différents court-circuitent l’auditeur dans une ambiance anxiogène. Avec le même modèle de titrage, en capital et un point final, ils évoquent la condition humaine.

BLOOD.‘ est une introduction comme lors d’un générique de film avec le dévoilement du pitch. ‘DNA.’, tape fort avec un beat bien lourd dans lequel Kendrick Lamar fait un egotrip. ‘YAH.‘ contraste avec une rythmique très tranquille, quasi mid-tempo. ‘ELEMENT.‘ reprend de plus belle grâce au génie linguistique du rappeur et rassure qu’il reste toujours le même gars du quartier. Sur ‘FEEL.‘, il réitère l’exploit en jonglant avec les mots de manière vertigineuse en confirmant que personne ne prie pour lui, un leitmotiv qu’il utilise à plusieurs reprises sur l’album.

Rihanna s’en sort aisément en featuring, sur ‘LOYALTY.‘, s’osant à quelques rimes en réponse à Kendrick Lamar. ‘PRIDE.‘ sonne presque comme une slow post-rock alors que ‘HUMBLE.‘ fait revenir l’auditeur sur des terrains beaucoup plus connus. ‘LUST.’ est intéressant musicalement par sa composition, car il utilise des nappes inversées en guise de dynamique pour le morceau. ‘LOVE.‘ est très onirique, ceci grâce à Zacari qui prête sa voix. Sur ‘XXX.‘, sont invités U2… enfin presque, puisque Bono pose uniquement en outro de manière furtive. Cela dit, ce titre résume bien l’univers de Lamar. En effet, il est narratif et politique dans les paroles, déconstruit et versatile dans les changements de rythmes et de mélodies.

Sur ‘FEAR.‘, les mots en spoken du rappeur naviguent sur une simple caisse claire-charleston et une mélodie de guitare, cependant l’ampleur du talent de l’artiste défile au fil du morceau. ‘GOD.‘ est un autre morceau très onirique sur lequel Kendrick Lamar chante tout en enchaînant ses rimes avec brio. ‘DUCKWORTH.‘ est le nom de famille de l’artiste. Sur ce titre, il rappelle le boom-bap des nineties, avec une fois de plus des changements de rythmiques hallucinantes enveloppées de proses millimétrées.

Difficile à dire, si « DAMN. » aura le même impact qu’a eu son album précédant dans la société américaine. Cela dit, Kendrick Lamar signe avec génie un opus d’une profondeur jusqu’à là difficilement égalée dans le genre musical actuel. Sa maîtrise de la langue anglaise et son sens musical sont à juste titre loués par le monde artistique et culturel. Il redonne quelque part ses lettres de noblesse à un style encore dénigré à cause de l’imagerie qu’on veut bien lui prêter. Avec Kendrick Lamar, les mots créent les images et non l’inverse.

 

« Damn. »

Kendrick Lamar

Top Dawg Entertainment
14 avril 2017
 
Auteur:
Glenn

N’aimant pas particulièrement la musique, j’ai été catapulté ici par hasard et au-delà de ma volonté. Préférant l’austérité à la frivolité du spectacle de la débauche auditive, je compte les jours qui me permettront à long terme de devenir sourd. Le vacarme m’étant insupportable.

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