Kassette: « Je me considère comme une guitariste plutôt qu’une chanteuse »

AlexPar Alex  •  1 Août 2014 à 11:35  •  Interviews  •   1 view

L’interview avait été calée environ deux semaines auparavant. J’attendais la confirmation. Je n’ai rien reçu. Alors je n’y croyais plus. Jusqu’à mon arrivée au Paléo 2014. Je reçois alors un appel dès les premiers pas dans l’enceinte du festival. Le numéro est inconnu. Je réponds. C’était Laure de Kassette. D’abord la surprise et puis le plaisir de finalement pouvoir rencontrer la guitariste. Et je verrai enfin Eline avec qui je suis en contact depuis longtemps alors que je ne connaissais, jusqu’à là, pas son visage. Joie!

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Images par Claude Dussex et ETAP

Les questions, j’en avais. Mais j’ai laissé mes fiches à la maison puisque rien n’était confirmé dans la journée. C’était l’heure de réfléchir. Retrouver l’angle d’attaque que j’avais choisi. J’ai recouvré les esprits. Je tenais à nouveau le squelette de l’interview. Je profitais d’une pause boisson pour trouver d’autres interrogations. Mais heureusement que l’interview était bien plus spontanée que préparé. Car les réponses en gagnent souvent en authenticité. Merci Laure! Merci Eline! Merci Paléo!

Explique-nous tes oscillations entre douceur et nervosité dans ton dernier album « Far ».

C’était un choix. J’aime beaucoup jouer sur les contrastes. Cela vient de mon affection pour la photographie, du coup, je travaille beaucoup avec des images. Par dessus tout je souhaite prendre les gens par surprise.

Quelles guitares utilises-tu?

Les guitares dépendent de la situation. Pour le live, j’ai une guitare Les Paul Orville avec un solide body et beaucoup de gain. Sur l’album, nous avons utilisés beaucoup de vieilles Silvertone des sixties, des guitares qui sonnaient bien pour notre projet. Je ne joue pas de Fender, j’ai rien contre mais cela ne me correspond pas, car je n’ai jamais réellement réussi à en faire quelque chose. Mais ce soir (ndlr: Concert du 27 juillet au Paléo), je jouerai avec une douze cordes de Fender que je viens d’emprunter. J’ai mis du temps pour l’apprivoiser.

La mélodie que tu as dans la tête correspond-t-elle souvent à ce que tu joues au final?

Oui, je recherche justement cela. Je passe du temps à tester les sons avec de nombreux effets sur la guitare et les arrangements changent parfois au fur et à mesure de la composition. Il m’arrive d’utiliser plus de reverb et d’autres fois moins. J’ai acheté une nouvelle pédale qui s’appelle Rainbow Machine. Elle est géniale car elle fait un son complètement cosmique.

Préfères-tu un certain type de guitare?

Toujours électrique. Je suis incapable de jouer de la guitare acoustique, ce n’est pas le même instrument. J’ai toujours utilisé la guitare électrique, notamment parce que je jouais dans un groupe en étant adolescente et on aimait bien le rock. Il était donc normal d’utiliser uniquement ce type d’instrument. Ma maman avait même financé une partie de la guitare pour mon anniversaire, ce qui m’avait fait d’autant plus plaisir. J’avais seize ans, c’était une guitare bon marché mais qui sonnait étonnamment bien.

L’album montre que tu sembles avoir appris la guitare par toi-même. Quand as-tu réellement croché ?

C’est exact. J’ai accroché assez rapidement car c’est un instrument qui m’a immédiatement parlé, même si j’ai beaucoup développé la guitare ces dernières années. Je joue régulièrement depuis trois ans et j’ai trouvé mon truc. Ce n’est plus seulement un instrument d’accompagnement pour moi, je me permets plus de choses aujourd’hui. J’ai trouvé une voie qui me correspond mieux, en fait je me considère comme une guitariste plutôt qu’une chanteuse.

Comment se construit un morceau ? Donne-nous un exemple avec un titre de ton dernier opus.

Pour l’album, j’ai travaillé avec un producteur qui a essayé de pousser ma musique encore plus dans les extrêmes. Par exemple, je vais te parler du morceau ‘Undercover’. C’est une composition très sombre qu’on jouait avec une batterie. Après l’avoir enregistré, nous avons totalement déshabillé ce morceau: on a enlevé toute la partie rythmique en gardant uniquement le son de la guitare. Il a donc évolué au fil de l’enregistrement. Il est intéressant de relever, avec cet exemple, que la chanson a dicté ce que je devais faire avec elle. En fait, je préfère travailler sur des textures de sons plutôt que rajouter des milliards de trucs, du coup j’apprécie énormément le côté minimaliste des compositions. Mais j’aime aussi arrangé tant que cela ne devient pas du remplissage. Même si dans un studio il y a tellement d’instruments que tu veux tous les essayer, il arrive que tu te perdes un peu. C’est pourquoi la mélodie doit primer, elle doit ordonner les sons à suivre.

Et donc, tu composes généralement la mélodie avant les paroles ?

Pour moi c’est un tout ! Généralement, la mélodie prime sur les paroles. J’écris énormément et j’ouvre souvent mon carnet pour voir ce que j’ai noté. Ainsi, j’essaie de saisir des atmosphères, j’essaie de mettre ensemble ces textes avec une mélodie que j’ai en tête. Ce sont des choix à faire. Parfois, tu abandonnes un texte et tout d’un coup il se retrouve sur ta prochaine mélodie. C’est souvent très surprenant. Certains morceaux sont plus évidents, notamment lorsque tu racontes une histoire.

Renforces-tu les contrastes, dont tu parlais au début de l’interview, sur scène ?

Oui, j’aime bien jouer là-dessus. Durant un festival, les morceaux calmes sont parfois difficiles. Pour Paléo, on va jouer un set bien compact. Nous jouons là-dessus en live, mais les moments où l’on ne sait pas ce qui va se passer sont les plus passionnants. Parfois on fixe pas trop la longueur et on se laisse prendre par le son. C’est là qu’on termine en général dans les extrêmes.

As-tu un artiste qui t’as plus marqué qu’un autre ?

Neil Young. Parce qu’il a un truc. Il n’y a personne qui sonne comme lui, il a quelque chose de sale. Je suis très admirative de toute sa carrière et particulièrement de sa manière de jouer de la guitare. Je suis une grande fan de Neil Young.

Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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