Julien Jacob – « Sel »

AlexPar Alex  •  26 Avr 2012 à 13:12  •  Albums  •   57 views

Un lecteur nous a suggéré de parler plus souvent de musique où l’on ne chante pas en anglais. Comme j’apprécie également tout ce qu’il y a de beau dans la World Music, même si je n’aime pas ce terme, j’ai un peu réfléchis à ce qu’il y avait dans ma discothèque. Et je me suis souvenu de Julien Jacob et de son excellent album « Sel ». Il y  chante dans une langue que seul lui connaît et distille ainsi l’émotion par le son à force de murmures jusqu’à la cristallisation.

Ce béninois installé en Bretagne aborde dès lors la musique de manière tout à fait particulière et propre à son identité métissée qu’il dévoile au fil des morceaux. Ce ne sont pas les paroles qui sont importantes mais plutôt les vibrations qu’elles provoquent et l’émotion qu’elles suscitent. Puisqu’il chante dans sa propre langue, le panorama émotionnel se décuple alors en laissant l’auditeur rêver à ce qui se murmure. Même s’il a notamment écrit un livre, « Alors, sois », en langue française, il préfère s’adonner à des rêveries hors de toutes les frontières langagières pour mieux rassembler justement autour d’universalités.

Un seul langage: le coeur

Comme on peut le voir dans cet interview proposé par l’excellent site Mondomix, le média des musiques et des cultures du mondes, l’humanité de Julien Jacob se lit tout d’abord dans ses yeux. Et puis ses paroles inventées montrent tout l’attachement qu’il porte au langage musical dans sa globalité. C’est pourquoi « Sel », son quatrième album, se couvre d’un voile mystérieux dès la première écoute. Que dit-il? Que raconte-t-il? Quelle langue parle-t-il? À cette dernière question, Julien Jacob répond ceci dans la biographie de son site internet:

« Ma langue, comme toutes les langues des peuples et ethnies de cette terre, est articulée, dit-il, mais la différence est que mes mots ne sont pas codés. Ils ne portent aucun sens figé. Ils ne sont qu’émotions. Ils n’ont pour seule mission que de toucher la sensibilité de l’autre, pas l’intellect. Je ne m’adresse qu’au cœur ! »

Cette recherche spirituelle de l’autre se ressent dès lors tout au long des morceaux. Une simple guitare acoustique et quelques percussions bien pensées et surprenantes structurent l’essentiel de ce partage. En effet, le Breton se sert notamment d’un pot de fleur en métal ou de karkabous pour créer une atmosphère propice à la confidence. Des instruments de musique inspiré de la banalité de la vie. Ces objets qu’on oublie trop souvent dans une chambre. À cela s’ajoute encore la voix chaleureuse et intimiste de Julien Jacob. Pas d’artifices mais seulement les étincelles des minéraux de sel qui brillent au soleil. Des scintillements qui se mettent par exemple en musique sur l’entrainant Lehe Lehe.

De l’intime au sublime

Cet ensemble de sonorités apparemment banales et inspirées du quotidien permettent ainsi de créer cette intimité parfois partagée par deux personnes. Ce moment durant lequel tout se dit sans réellement être compris. Kelly, dédié à sa mère, seul morceau de l’album chanté en partie en français, prouve justement que Julien Jacob nous invite à découvrir ses paysages intérieurs. Sans pourtant les dévoiler complètement. Mais en les dissimulant derrière une fine couche de minéraux qui filtrent les émotions.

L’intimité qui survole dès lors toutes les compositions gagne notamment en puissance et se sublime sur Halala au fur et à mesure des minutes écoulées. Ici, elle s’étend même au point de donner l’impression, grâce à l’oralité, de vouloir être criée spontanément devant une assistance pour susciter le débat, l’échange. Comme un cri de rassemblement autour d’une douce colère où l’essentiel serait d’entretenir de vifs discussions sur la condition humaine et de partager des impressions.

Par conséquent, l’album cristallise le sel rêche de quelques douleurs qu’il faut surmonter pour mieux briller. Il est comme une personne à qui se confier. Un ami en qui avoir confiance. J’ai d’ailleurs eu l’impression d’entendre une confession. Ces mots murmurés pour éviter que tout le monde entende

« Sel » de Julien Jacob, par Volvox Music, 2010. Disponible sur CeDe.ch.

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