JazzOnze+ Festival: Joshua Redman Trio et l’aisance rythmique

KarimPar Karim  •  2 Nov 2017 à 14:15  •  Live  •   49 views

Joshua Redman trio à Montbenon, ça détonne, bougonne, marmonne et ronronne, en alternance ; tout du long ça cartonne. Une deuxième soirée qui est en fait un peu la première.

Le monsieur est sur l’affiche  du festival (il nous avouera ne plus se rappeler très bien avec quelle formation il était venu, en 2008). La manifestation a déjà été marqué par un événement: le concert phare de Joe Lovano a été annulé. Ce dernier ayant eu des problèmes d’aéroport. C’est donc à Jushua Redman que revient de véritablement lancer cette édition 2017.

Il y a eu avant lui Marie Krüttli (où ses ancêtres avaient- ils l’habitude de fêter le premier août ? voilà qui n’est pas précisé sur le programme). Je suis certain que c’était très très bien, mais déboulant depuis la Tchaux après le boulot, pas possible de faire des miracles. J’ai voyagé en compagnie du « Cavalier de paille » de Monique Saint-Hélier, qu’il est possible de lire comme une écriture jazzy dans des lambeaux d’une ville ressemblant à la Chaux-de-Fonds ; madame compose et joue dans un décor qui est une sorte de cimetière : ceux qui ne sont pas encore des fantômes le seront bientôt.

« Des mélodies se levaient, montaient de ses doigts qui avec une audace éblouie glissaient sur la nuque de Catherine ; elle sentait le shampoing, cette nuque, et une odeur plus sournoise, pour laquelle il cherchait un son, une note. Filée, suspendue, la note montait, touchait le ciel, et puis il la voyait retomber avec le mouvement ivre des grives, quand elles s’abattent dans les sillons. »

Une complicité qui fait plaisir à voir et à entendre

Revenons à notre musicien (qui n’a rien d’un mouton), dont le dernier album enregistré l’a été avec Brad Mehldau, mais qui ce soir est en trio, accompagné par Reuben Rogers (contrebasse) et Gregory Hutchinson (batterie). Il arrive sur scène avec un peu l’air de se demander ce qu’il fait là ; on dirait un type sorti du train et qui aurait oublié sa serviette.

Puis il commence à embrasser son instrument, avec une douceur infinie ; il décolle d’abord seul, et c’est tout doux, et ça s’étire. Puis Reuben s’y met, le colle de près. Ils sont rejoints en apesanteur par une batterie toute gentille ; Greg caresse son voisinage, qu’il soit de chair ou de métal.

Et soudain Joshua tape du pied, et c’est le signal, et ça se met à envoyer, et la salle est en liesse. Yeah baby. D’autant plus qu’on a d’emblée le droit à un battle entre messieurs Redman et Hutchinson (très très classe, ce soir, l’homme au béret), qui s’encouragent mutuellement de la voix et de la mimique ; Reuben n’est pas en reste. Quelques minutes que ces trois sont là et la complicité s’affiche et s’affirme, éclatante.

Alternance de standards et de composition du maître de cérémonie

Joshua parle volontiers entre les morceaux, faisant rire l’assemblée quand il dit qu’il est très content d’être dans un des plus grands festivals de jazz du monde. « Comment ?!? Ce n’est pas le cas ?!? Mais si on est là, c’est forcément le cas. »

Il a à cœur de nous faire savoir les titres des morceaux interprétés, qui sont un mélange de ses propres inventions et de standards (« old tunes » comme il dit »), avec comme souvent un clin-d’œil (au moment du rappel) à Led Zeppelin (« For your life »), qu’il apprécie tout particulièrement.

Il profite d’un intermède pour nous avouer que, quand il compose à l’ordinateur, cela prend souvent des tournures surprenantes quand ils mettent ça en relief. Et c’est ça qui est génial.

Un petit rappel et puis s’en vont

Il est 22h30, après un dernier petit moment enchanteur « enjazzé », c’est le moment de quitter la superbe salle Paderewski. J’en sors en résistant difficilement à l’appel de la Brasserie non moins resplendissante qui me fait de l’œil. Je me poserais bien un moment, je reprendrais mon livre et laisserais le concert infuser encore un peu en compagnie des fantômes de Monique.

Mais il y a le train et les horaires qui sont moins souples que le souffle de Joshua, alors je pique un programme de la cinémathèque en me dirigeant vers la sortie et en me répétant combien cet endroit est vraiment diablement agréable.

I’ll be back.

Le festival continue encore jusqu’au 5 novembre. Vous trouverez toutes les informations supplémentaires sur leur site internet: https://www.jazzonzeplus.ch

 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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