Hateful Monday: « Le crowdfunding est l’avenir de la musique »

PatrickPar Patrick  •  5 Fév 2014 à 18:00  •  Interviews  •   40 views

Après plus de quinze ans de carrière, les punks d’Hateful Monday ont sorti leur nouvel album il y a peu. « It Must Be Somewhere » est le septième essai de la bande formée par Seb, Igor Gonzola, M. Fallan et Charly Cougar.

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Un disque qui sera verni le 14 février prochain à l’Undertown de Meyrin. Seb, chanteur et bassiste nous a donné rendez-vous dans un petit café genevois situé à côté d’un haut-lieu de la culture alternative genevoise : l’Usine. Un endroit idéal pour retracer le parcours du groupe, discuter du présent et évoquer l’avenir des quatre musiciens.

LMDS.ch : Salut, Seb, pour commencer, raconte-nous un peu les débuts avec Gaël (Igor Gonzola, le batteur).

Seb : C’est un ami d’enfance, on était à l’école ensemble depuis tout petit. Quand on est arrivé à l’adolescence primaire, j’ai découvert la musique Punk. On a partagé ça et on s’est dit qu’on devrait faire un groupe. Il rêvait de faire de la batterie depuis longtemps et ça s’est enchaîné un peu comme ça. On n’avait jamais vraiment fait de musique, on s’y est mis un peu comme ça.

LMDS.ch : Tu n’étais pas bassiste à la base c’était le troisième larron et toi tu étais à la guitare, juste ?

Seb : A la toute base c’était Marc qui s’occupait de la basse, un gars qui était avec moi à l’école. Il n’avait jamais joué non plus avant.

LMDS.ch : De ces premières rencontres deux EPs sont sortis, « Do You Have The Same But In Pants » et « Don’t Ask Questions ». Arrivent ensuite Myriam et Greg, comment ça s’est passé la rencontre ?

Seb : T’es pas tout à fait juste, Myriam était déjà là pour les premiers EPs en fait. Greg est effectivement arrivé après « Don’t Ask Questions » suite au départ de Marc. On a effectué une rocade pas possible, je suis passé bassiste et Greg reprenait la guitare.

Hateful Monday – Don’t Ask Questions (Don’t Ask Questions – 2001)

LMDS.ch : Et ça a donné « Take a Breath » en 2004, un album signé à trois, qu’est-ce qui s’est passé ?

Seb : En fait, Myriam était sur le départ, elle était moins impliquée, elle ne voulait plus trop tourner. Elle avait préféré partir en vacances lors de la session studio, du coup l’album a été enregistré à trois et Myriam est venue faire une ou deux voix et quelques solos avant de quitter le groupe.

Suite à ça Mathieu m’a contacté, (il imite son collègue guitariste) : « Euuh vous cherchez un guitariste ? Ben moi je veux bien » (rires).

LMDS.ch : Tu l’imites vachement bien ! Tu dirais que suite à « Take a Breath«  l’histoire a pris une tournure plus grande ? Des vernissages devant plus de 600 personnes à l’Usine, trois albums qui ont super bien marché, qu’est-ce que tu gardes de cette période ?

Seb : Avec Greg et Mathieu, c’était un peu nos années de gloire. On était plus impliqué, on a eu beaucoup d’offres et pu bénéficier de pas mal de pub. Ça correspond aux années fastes du Punk-Rock Mélodique, on a un peu surfé là-dessus et les gros festivals et les grandes salles nous faisaient des propositions. Rien qui puisse nous rendre milliardaires, mais la motivation était là, on se voyait quatre-cinq fois par semaine pour répéter, la créativité était là, on était au taquet. C’est aussi une époque où les impératifs familiaux n’étaient pas encore trop présents, donc ça aide pas mal.

On s’est éclaté, le soutien des gens, des fans, des médias nous a boosté pendant cette période. Pour Gaël et moi qui n’avions jamais vraiment appris à jouer, être rejoints par Mathieu qui est un super musicien et Greg, un gars très impliqué, on a pu créer des morceaux géniaux et c’était vraiment cool !

Hateful Monday – Carry Me Home (Half a World Away – 2008)

httpa://www.youtube.com/watch?v=eLI5w9KVaOE

LMDS.ch : Est sorti « It Must Be Somewhere », premier album depuis le départ de Greg (ndlr : il est allé s’installer au Canada, voir notre interview), c’est une nouvelle étape qui s’offre à vous en fait ?

Seb : Ce qui est drôle c’est que Greg est arrivé en 2001-2002, il est très extraverti, il fait du tattoo, sa musique solo, les gens l’aiment beaucoup, du coup il était mis en avant par les médias. Dès qu’il a annoncé arrêter pour partir au Canada, beaucoup de gens se sont dit : « Hateful c’est fini ! » Pour nous ça a été un moteur et prouver aux gens qu’Hateful Monday ne se résumait pas qu’à un seul membre. Sans mettre l’influence de Greg de côté, ça nous a donné le boost nécessaire pour entreprendre quelque chose de nouveau. Honnêtement c’est cool parce que je suis très content du résultat avec « It Must Be Somewhere ».

LMDS.ch : Cet album a été financé par vos fans, qu’est-ce qui vous a poussé à tenter l’aventure du Crowdfunding ?

Seb : Tout simplement c’est moderne, c’est une idée géniale quand tu y penses. Pour moi c’est l’avenir de la musique, ça coute cher de faire un groupe, ça coûte cher de créer un disque, donc si tu peux jauger les intéressés avant de dépenser de l’argent tout le monde est gagnant. Si le résultat est là, le groupe est gagnant vu qu’il peut enregistrer son album et s’en sortir financièrement. Pour les gens qui ont mis leurs sous dans le projet, ils savent où ils mettent les pieds et montrent leur intérêt. La démarche est extrêmement intéressante alors on s’est lancé là-dedans.

LMDS.ch : Les attentes ont donc été comblées par les résultats ?

Seb : J’ai mis une assez petite somme. On a demandé 2’000.- et pour être honnête le disque a coûté largement plus. Mais l’idée était de tester cette méthode. En mettant 2’000.- comme but à atteindre c’était soit de l’argent qui nous revenait, soit on en était au même point qu’avant. Il n’y a pas eu de risques pris quant au Crowdfunding. Les 2’000.- sont arrivés extrêmement rapidement du coup on était content.

LMDS.ch : En studio, c’est Mathieu qui s’est occupé de la production. Du Crowdfunding vers la production à l’interne, vous avez tenté de contrôler le processus du début jusqu’à la fin ?

Seb : Oui. Je sais que Mathieu fait du bon travail, c’était aussi, pour lui, le moyen de bosser sur un projet sérieux, ça lui fait une carte de visite pour la suite. En fait, Mathieu c’est le seul du groupe qui est impliqué professionnellement dans la musique, donc c’était excellent pour lui et pour nous. En plus, il connaît nos points forts et faibles, une situation gagnant-gagnant.

LMDS.ch : On a plus besoin des labels aujourd’hui en fait, on peut tout faire tout seul.

Seb : Ça c’est sûr ! Pour les groupes de petite ou moyenne ampleur il n’y a plus besoin de label. Même les grands groupes aujourd’hui passent par l’auto-production.

Hateful Monday – 0.5mg Per Day (Half a World Away – 2008)

httpv://www.youtube.com/watch?v=eadMve-fLK4

LMDS.ch : Si je retrace l’histoire, vous avez sortis vos disques chez Trash Compost, Hannibal Records, GPS Prod, les albums ont été enregistrés chez REC Studios et là c’est Javier (ndlr : de Hardcore Solution) qui fait le design. Que des initiatives genevoises, Hateful Monday c’est un peu la belle histoire de la famille du Punk-Rock genevois ?

Seb : On a des gens talentueux parmi nos amis, donc pourquoi pas les impliquer dans nos productions. Ce qui est drôle c’est qu’autant un gars comme Serge (ndlr : de REC Studios) que Javier, ils travaillent pour nous mais sont aussi contents de le faire. Ils aiment bosser pour ce genre de produit et on leur laisse toute la créativité possible. Au final, on aime bien impliquer nos potes. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas un gros business qu’on gère autant faire ça en s’amusant avec nos amis.

LMDS.ch : Justement, les amis et les fans vous les retrouverez le 14 février à l’Undertown de Meyrin pour le vernissage de l’album. Le jour des amoureux, ça veut dire que vous ferez des câlins à tout le monde, il y aura un stand de bisous ?

Seb : Je t’avoue que je ne suis pas tellement au courant de ce qui s’organise. Mais il semblerait qu’on se dirige vers quelques jolies surprises. En tout cas soyez sûrs qu’on va bien la célébrer cette Saint-Valentin ! (Rires)

LMDS.ch : Vous serez accompagnés de Pilier, des Chikitas et des Killing Volts. Tu peux nous en dire un peu plus sur ces groupes, c’est la famille genevoise qui s’agrandit ?

Seb : Comme on ne connaît plus tellement de groupes dans notre veine musicale, on s’est demandé à qui on allait proposer : des gens qu’on aime bien mais qui ne font pas le même style ou des gars qu’on ne connaît pas mais qui jouent le même genre. Au final on a visé au milieu. Pilier, ils sont de la région et ont style punk-hardcore vraiment cool. Chikitas et Killing Volts ce sont des groupes mixtes, voire totalement féminin pour les Chikitas, ça allait bien dans le concept « Saint-Valentin » (rires). Plus sérieusement ce sont deux groupes qui tiennent très bien la route dans ce qu’ils font. Ça ramènera du monde, le but au final c’est ça aussi.

LMDS.ch : L’entrée est à « prix libre », c’est un moyen de continuer un peu sur la vague du Crowdfunding ?

Seb : Honnêtement, après plus de quinze ans de tournée on s’est rendu compte qu’on ne cherchait plus à générer du fric, de toute manière il n’y en a pas. Donc, à part essayer de se rembourser, on est vraiment à la cool. Par exemple, notre merchandising est à prix libre, l’entrée également. Comme ça les gens donnent ce qu’ils veulent. Il ne faut pas se leurrer, il y a des gens qui donnent plus, d’autres qui donnent moins, au final tu t’y retrouves et c’est ça l’important.

LMDS.ch : Pour ceux qui ne seront pas à l’Undertown le 14 février, est-ce que tu sais où on pourra vous retrouver prochainement ?

Seb : Dans la région, pas spécialement. On a une tournée en France, Belgique et Allemagne en février, il faudra faire quelques kilomètres. Pour la suite, ça sera au coup par coup, là où on nous invite en espérant que ça soit pas mal sur Suisse. Le plus simple est de ses référer à notre Facebook ou notre site tout nouveau tout beau.

LMDS.ch : En dehors de l’Europe ?

Seb : On nous le demande souvent, le problème majeur est qu’une tournée loin se transforme souvent en gouffre à pognon. Je sais pas comment font les autres groupes, s’ils se payent des vacances, ça leur coûte du fric et ils s’en foutent. De notre côté on essaye d’éviter de dépenser trop alors on réfléchit à deux fois avant de se lancer.

LMDS.ch : Finalement le Japon vous avez pu y aller ou non ?

Seb : On a dû annuler parce que ça tombait en plein dans la période Fukushima. Une partie du groupe voulait quand même y aller, l’autre partie préférait annuler. Au final on a laissé tomber parce que les mecs qui nous organisaient ça sur place nous disaient de venir mais il fallait s’attendre à une ambiance un peu austère, donc non.

LMDS.ch : Vu que tu t’es déjà prêté au jeu de l’interview avec nous, tu sais qu’il y a toujours une partie de questions à la con à la fin. Du coup, on a préparé une « spéciale quinze ans ». La première question : Est-ce que « It Must Be Somewhere » est l’album de la maturité pour Hateful Monday ?

Seb : (Rires) Mmmmh ça pourrait bien être le cas. L’album d’une nouvelle ère en tout cas, pour la maturité on verra.

Hateful Monday – Punk Enough (Take a Breath – 2004)

LMDS.ch : Sur ces quinze ans, si tu devais retenir un groupe avec lequel vous avez joué et une anecdote évidemment ?

Seb : La réponse évidente c’est Bad Religion, et si tu demandes une anecdote c’est que tu ne poses pas la question au hasard (rires).

On a eu l’honneur d’ouvrir en 2001 pour Bad Religion. Bon on était un peu jeune, avec le recul je pense qu’on n’était pas prêt pour un tel événement. Le bus était arrivé à l’Usine, mais ils avaient oublié le chanteur sur une aire d’autoroute du côté de Bourg-En-Bresse. Il était sorti et le bus est reparti. Il a fallu envoyer quelqu’un pour le chercher en bagnole. C’était drôle, ça les enlève du piédestal sur lequel tout le monde les place.

LMDS.ch : Si tu devais te souvenir d’un concert mémorable ?

Seb : C’était l’avant-dernier concert d’une tournée en France, à Angers. Une salle comme souvent en France avec un bar au premier et une cave où jouer au sous-sol. La tournée avait été super crevante, on était très fatigué. On monte sur scène, la salle était pleine à craquer, une ambiance de folie. C’est une de ses rares fois où toute la fatigue disparaît, on se donne deux fois plus et on reçoit du public. C’était la communion avec le public dont les groupes parlent souvent. Quand ça se passe, c’est un truc que tu ressens qui est assez barge. Certainement un des moments les plus inoubliables qu’on a vécu avec le groupe.

LMDS.ch : Un lieu insolite où vous avez joué ?

Seb : Wahoo ! C’est arrivé souvent ! (rires) On a joué sur une rampe de skateboard au début de notre carrière, on a joué dans une fête de fin d’année d’une école, avant l’ouverture de la soirée. On a joué à 6h30 du matin à l’Usine. Il y avait eu un marathon avec plein de groupes et on était les derniers. Il y avait les gars qui nettoyaient pendant qu’on jouait, plus personne d’autre dans la salle.

LMDS.ch : Un rêve à accomplir encore avec Hateful Monday ?

Seb : Je pense qu’une série de date dans des pays hors-Europe, Amérique du nord, Asie ou Australie, ça couronnerait notre carrière persévérante.

LMDS.ch : Pour conclure, en 2003 tu chantais « Punk Enough » (ci-dessus). Est-ce qu’à passer 30 ans on est encore assez Punk pour dire « F*ck » devant sa maman ?

Seb : On est encore plus à l’aise peut-être. C’est une question plus profonde que ça en a l’air. Je crois que oui, je pense même que ça va rester encore un moment.

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Un jour je chasserai la marmotte. En attendant j’écris bénévolement des articles sur des groupes obscurs pour me payer l’attirail nécessaire afin de réaliser mon rêve. La vie, c’est pas facile.

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