Guts : « La musique me sert à respirer »

MalvinPar Malvin  •  6 Déc 2015 à 08:00  •  Interviews  •   16 views

Le 6 novembre dernier, un show monstrueux a pris place entre les murs de la Case-à-Chocs, embrasant sans vergogne les vertus musicales des amateurs de funk et de hip-hop. Avec en première partie l’engagée Akua Naru, Guts posa finalement ses platines, nous projetant plus de deux heures trente de samples pêchus à sa sauce. Et pourquoi pas le rencontrer ?

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, quittez immédiatement cet article et hâtez-vous d’écouter ses morceaux. Car quand un ‘Come Closer’ ou un ‘Laissez Lucie Faire’ rentre dans vos oreilles, vous comprendrez tout de suite qu’il s’agit là d’un producteur tout sauf banal. Assis dans les loges de la Case, son chapeau de safari de travers et ses chaussettes montantes aux aguets, Guts me donne l’impression d’être un vrai baroudeur des temps anciens. Le véritable mineur du son. Laissons parler le dictaphone.

LMDS: Qui es-tu réellement, Guts ?

Guts: (Rires) Bah, j’suis un mec plutôt discret, piqué par le hip-hop et totalement investi par la musique. J’ai commencé en tant que DJ dans la fin des années 80’, où j’ai très vite connu les machines pour créer des beats et des samples. À l’époque, on n’employait pas trop le terme « beatmaker », mais plus « programmateur » ou « producteur ». Je me suis ensuite épanoui durant une bonne décennie avec le groupe que j’ai monté dans les années 90’, Alliance Ethnik.

Mais comment expliques-tu ton évolution ?

Eh bien, après cela, j’ai voulu travailler avec d’autres artistes, jusqu’au jour où je suis parti vivre seul à Ibiza, histoire de m’isoler un peu. Dès lors, je me suis tourné vers le mode sampling instrumental, comme notre cher précurseur DJ Shadow l’avait fait à l’époque. Je voulais créer une musique qui parle d’elle-même, qui raconte une histoire. Le fait d’être isolé sur une île a été une tout autre configuration de vie, et donc forcément, j’ai voulu m’essayer au travail en solo, avec mes machines, mes skeuds, sans aucune collaboration. C’était pas évident, mais ça m’a permis de développer un peu plus en profondeur les choses.

Ce soir, tu nous livres deux heures trente de show. Quelle mouche t’a piqué ?

Qui t’as dit ça ? C’est carrément écrit sur l’affiche ? Wahou, c’est genre devenu un système de vente, truc de ouf (rires). Donc oui, ça vient de moi. Les raisons sont simples : premièrement, dans mon show, j’intègre également celui de Leron Thomas, ayant participé à mon dernier album ‘’Hip Hop After All’’. C’est un vrai artiste à part entière, vivant dans un monde très éclectique, mais tout de même différent du mien. Deuxièmement, je voulais reprendre l’ancien show, avec tous les classiques, tout en testant mes nouveaux morceaux. Au final, ça fait pas mal.

D’où puises-tu toute cette joie qui véhicule à travers ta musique ?

C’est ce qui en effet caractérise un peu ma personnalité. Je la puise, dans une certaine mesure, dans ma philosophie, mon cadre et ma douceur de vie. Le fait d’avoir de l’ADN franco-italien et d’habiter en Espagne m’amène forcément un petit côté latin ensoleillé. La musique me sert à respirer, à donner de bonnes énergies. Elle est remplie de bienfaits et de vertus : elle t’aide à sourire, à avoir moins mal si tu t’es fait larguer ou si t’es déprimé. Peut-être qu’en fin de compte, j’essaie de me soigner moi-même, de rendre ma vie plus belle qu’elle ne l’est déjà ! Autant en faire profiter les autres !

Si tu devais changer de métier, que ferais-tu ?

Alors, créer de la musique n’est pas vraiment un métier pour moi. Il s’agit plus d’une expression artistique personnelle. Mais je vois ce que tu veux dire. Je pense sincèrement que je me mettrais au service des autres. Aider autrui, leur tendre la main et leur donner mon temps et mon énergie. Autrement, je pourrais bosser dans le domaine de l’agriculture ou de l’élevage. Ou encore, sensibiliser les gens pour la protection de l’environnement. En bref, m’engager ! Car quand on y pense, il est très difficile de changer les habitudes des gens. C’est pour cela qu’il est primordial leur parler d’abord à eux, et ensuite aux politiques.

En fin de compte, on en revient au même but que ta musique : ton bien-être à toi et celui des autres.

Exactement ! Quand je te parle d’agriculture et d’élevage, ce n’est pas pour rien. Je suis très attaché à la gastronomie et au bien-manger. À chaque fois, je prends la tête à tout mon entourage pour qu’ils mangent des choses saines au lieu de ces conneries de fast-food. Les gens s’empoisonnent avec le sourire. Et pourtant, en cinq minutes, il est tout à fait possible de manger correctement.

Du coup, plutôt Pepsi ou Coca-Cola ?

Absolument aucun des deux. Je préfèrerais de l’eau. C’est l’essentiel, c’est la vie.

Si on te proposait un voyage pour découvrir une musique d’ailleurs, quel serait ton choix ?

Très bonne question. J’irais sûrement là où je connais le moins. Je commence en effet à bien me familiariser avec la musique africaine, la musique des Caraïbes, la musique sud-américaine, et même celle des pays de l’Est. J’opterais donc surement pour l’Inde. Pour sa musique, mais également pour le pays dans son ensemble, ses gens et sa spiritualité.

 
Auteur:
Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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