Giulia Dabalà : « Les silences sont autant importants que les notes »

AlexPar Alex  •  16 Juin 2018 à 12:00  •  Festivals, Interviews  •   158 views

La marée, la marée, la marée. Une scène qui est comme un joli refrain de nouveautés. Un lieu intimiste, en plein Festi’Neuch, sous un arbre paisible, qui souvent donne lieu à d’excellentes découvertes musicales. Ce n’est pas nouveau et ça s’est confirmé vendredi 15 juin avec Giulia Dabalà.

L’occasion était donc parfaite pour rencontrer la jeune femme après son concert. Que quoi parle-t-on ? De trois voix qui s’enlacent, d’une démultiplication rythmique à l’infini grâce à la loopstation et du EP « Voices ». Mais aussi de CocoRosie, Splenn, Andrew Bird, Bobby McFerrin, Camille et autres chimistes de sons. Une liste qui fait écho à l’univers de Giulia Dabalà et n’est pas de l’ordre de la comparaison. Un univers musical qui envoûte par son groove et étonne par sa maîtrise de la technique vocale. À l’issue du concert, une petite fille a résumé l’impression générale : « j’adore maman, j’adore beaucoup ! »

Tu partages la scène avec deux chanteuses (Salomé Schnyder et Giulia Bättig). As-tu adapté les morceaux du EP spécialement pour ton concert à Festi’Neuch et son set en trio ?

Alors j’ai quelques morceaux de mon EP que j’avais enregistré toute seule et que j’ai effectivement adapté pour trois voix. Cet exercice d’adaptation me permet de renouveler ma musique et offre une autre manière de les entendre. Ce qui est toujours très intéressant !

Au départ, ton projet naît d’un travail de maturité. Le choix de tout miser sur la voix était déjà une certitude musicale pour toi à l’époque ?

D’abord j’aimerais préciser que j’ai grandi avec la musique. Mes parents jouent tous les deux d’un instrument. Mon amour de la musique date donc de bien longtemps. C’est un peu pour cette raison-là que j’ai pris l’option musique au Lycée. Il faut savoir que le travail de maturité était surtout une bonne excuse pour créer des morceaux avec une deadline. C’est toujours plus facile de travailler avec un délai précis. Dès le début, je ne voulais pas d’un simple travail de maturité mais d’un vrai objet à part entière. C’est pourquoi j’ai ensuite créer la pochette et que le projet n’est pas rester dans un fond de tiroir.

Je rebondis un peu sur la musique que tu écoutais dans le cadre familial apparemment très mélomane. Prenons l’exemple de Camille. Est-ce une influence directe pour ton projet ?

Oui, j’aime énormément ce qu’elle fait et je crois que ça se ressent beaucoup dans mes musiques. Elle cherche aussi à découvrir tout ce qu’on peut faire avec la voix. Je trouve qu’elle a des textes très touchants. Je pense que, oui, elle m’a inspirée tout comme beaucoup d’autres styles de musique. Mes influences vont du hip hop aux chants bulgares.

Des chants bulgares. Voilà quelque chose qu’on n’entend pas tous les jours. Cela pourrait donc dire que tu as chanté dans des chœurs. Vrai ?

Oui, tout à fait, j’ai participé à plusieurs chorales où je me retrouvais souvent à chanter les deuxièmes voix. Même quand j’écoutais quelque chose à la radio qui me plaisait, je le faisais. La pratique vocale a commencé avec ma sœur comme un jeu. Elle commençait parfois à chanter un morceau et, instinctivement, j’en venais à chanter des harmonies. Le fait de chanter avec deux autres chanteuses sur scène est donc venu très naturellement. Tout cela est vraiment un merveilleux jeu pour moi. Je prends énormément de plaisir à faire des harmonies vocales.

J’en viens à Henry Purcell. C’était suprenant de vous voir toutes les trois réinterpréter un morceau de ce compositeur anglais du XVIIème siècle sur scène. Il faut quand même oser réadapter ce genre de musicien. (Rires) Pourquoi lui en particulier ?

C’est tout simplement mon compositeur classique préféré. C’est une composition de l’opéra ‘Didon et Enée’ que j’aime par dessus tout. J’ai un peu étudier la musique classique, voilà le pourquoi de l’adaptation. Nous l’avions fait à la chorale et c’est à ce moment donné que je me suis dit que je devais absolument adapter Henry Purcell à mon univers musical. Le revisiter et me l’approprier. Nous commençons avec un arrangement classique à trois voix et nous continuons avec une version un peu plus light de cette histoire qui est très tragique. C’est quand même une femme qui se suicide.

C’est vrai qu’il y avait énormément de groove pour quelque chose de si lourd. Ce contraste entre tragique et groove, est-ce quelque chose que tu souhaites continuer à développer dans ta musique ?

Je ne sais pas si je l’ai fait consciemment, mais en tout cas j’avais envie de le faire. Il faut savoir que j’adore les croisements de style. J’aime vraiment quand les styles se croisent. Je trouvais important, dans le cas de Henry Purcell, d’opposer un côté très classique avec quelque chose de plus dansant justement. C’est complètement à l’opposé.

Nous parlons de musique dansante. Mais, en même temps, comme nous l’avons constaté sur scène, il y a aussi beaucoup de silences à gérer lorsqu’il y a trois voix et une loopstation dans un projet.

Les silences sont autant importants que les notes. C’est sûr ! Comme nous sommes que trois, la première impression de notre musique est plutôt intimiste et personnelle. Je trouve qu’il ne faut en tout cas pas avoir peur du silence et surtout accepter le fait d’être simplement trois voix sans autres « instruments ». Il y a évidemment des basses, mais pas des grosses. Notre projet reste très simple quand même. Cela donne paradoxalement plus de place aux notes et aux silences puisqu’ils ressortent plus clairement.

En tant que spectateur, l’exercice a l’air extrêmement technique. Nous savons que les harmonies sont une pratique vocale très compliquée. Ma question : à quel moment décides-tu de superposer tel et tel son plutôt que d’autres ? Tout cela se fait très spontanément ?

Ça se fait complètement spontanément ! Je crois que j’aime bien créer un peu la surprise. Éviter de faire quelque chose de très attendu. Justement, comme nous l’avons déjà évoqué, de réussir à mettre ensemble des rythmes qui, a priori, n’ont rien à faire ensemble. Jamais je n’arriverai à dire quel style de musique je crée puisque les influences sont multiples. Personnellement je ne veux surtout pas faire des musiques compliquées. La base du projet reste ainsi très simple parce que j’ai vraiment envie que ça bouge. J’ai envie de pouvoir danser. J’adore danser (Rires). C’est donc important de ne surtout pas faire de la musique intellectuelle mais qu’on puisse simplement prendre du plaisir à l’écouter. Le rythme est vraiment super important si l’on veut atteindre cet objectif. Évidemment il y a une complexité technique dans les harmonies. Ce qui fait qu’il m’arrive de faire des erreurs. C’est ce qui me fait envie de faire mieux la prochaine fois. C’est l’aspect le plus intéressant dans le pari risqué des harmonies.

Enfin, l’idée de faire uniquement des voix, est-elle définitive ? Tu ne souhaites pas un jour intégrer à ta musique d’autres instruments que l’appareil vocal ?

En fait, j’ai commencé avec un cadre très strict parce que je voulais composer quelque chose en une année. Et puis le seul instrument que je maîtrise vraiment est ma voix. Il y aurait tellement de possibilités d’instrumentations que je me suis dit : « commence avec peu pour exploiter ta voix le mieux possible et essaie déjà d’amplifier tes mélodies avec la loopstation. » C’est donc déjà un très grand voyage avec cet instrument qui permet de superposer des sons. Nous avons par ailleurs déjà ajouté le pad qui permet une belle interaction avec le beatbox. C’est encore un autre monde musical à explorer par la suite. J’aimerais évidemment intégrer d’autres instruments comme le violoncelle par exemple. Pour l’instant, je crois que j’ai encore plein de sonorités à découvrir avec ce que je connais le mieux : la voix.

 

« Voices »

Giulia Dabalà

27 mars 2017
 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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