Fabrizio Cammarata – « Of Shadows »

KarimPar Karim  •  6 Déc 2017 à 10:00  •  Albums  •   51 views

Parfois une musique vous attrape par la main alors que vous êtes en train de vaciller. C’est le petit miracle que réussit l’album « Of Shadows », de Fabrizio Cammarata. Des mots peints en anglais sur la toile où il est né, Palerme la sulfureuse.

C’est une soirée où les souvenirs ont pris trop de place et se sont mis à couler sur les joues. D’abord imperceptiblement, puis de manière de plus en plus soutenue. Respiration et regard se sont mués en sanglots venus du passé. Dans ces larmes scintillent les années où l’évidence de l’amitié suffisait à chaque nouvelle journée. C’était avant que la vie se retrouve coincée entre boulot et autres pseudo responsabilités d’adulte.

On fonce et on fonctionne. On domestique son affection. Comment peut-on laisser s’évanouir ainsi ce qui a le plus compté dans nos vies ?!?

Pas de réponses à ces questions, ou peut-être trop, mais la main tendue des livres, des films, de la musique. Alors j’extrais de sa pochette « Of Shadows », le nouveau disque de Fabrizio Cammarata, espérant que nos ombres sauront se consoler.

Au milieu de mes brouillards percent alors quelques notes de guitare, un buvard où se diffuse instantanément mon immense tristesse, dessinant un arbre qui danse, racines au vent. Et puis soudain une voix, une voix qui serait celle racontant l’automne et l’hiver en train de s’embrasser. Une voix

« De longues ombres partout
Elles me recouvrent dans mon lit. »

d’où venue ?!? De ce milan royal qui tournait au-dessus des champs il y a peu ?!? Des vignes épuisées par le froid ?!? De la rivière glacée ?!? Des rayons de soleil infiltrant l’épaisse couche de nuages ?!?

Le premier morceau n’est pas encore terminé

« Qu’est-il arrivé à tes ailes ?!? »
« Qu’est-il arrivé aux miennes ?!? »

que déjà la famille s’est agrandie. Cette voix m’arrive d’un Palermitain attaché à sa Sicile, mais qui n’en chante pas moins ses îles de joie et de peine en anglais. D’emblée il m’a pris dans ses bras. Le choc tendre et apaisant de « Long Shadows » laisse la place à ‘Come and leave a rose’.

Des arrangements qui nous renverraient presque quelques décennies en arrière. Voilà qui tombe bien, c’est par là que mes démons intérieurs s’effilochaient. Ils se mettent à battre la mesure

« Si tu entailles une fissure dans le mur tu laisseras la lumière entrer. »

et finissent par hurler ce refrain entêtant.

« Viens juste et laisse une rose.
Viens et laisse-la sur notre tombe dorée.
Viens et laisse-la sur mes yeux.
Viens et laisse une rose et va-t’en
Va-t’en. »

Le calme est à nouveau au rendez-vous pour le troisième morceau, ‘In the cold’, qui se contente de quelques notes de guitare, accompagnées d’une batterie tout en discrétion. Et toujours les paroles de Fabrizio qui auscultent mes larmes avec cette voix tendrement orageuse.

Au début du quatrième titre, ‘You’ve been on my mind’, c’est à Meat Loaf que ma caboche est renvoyée. Le rythme s’accélère, on sent une tempête non loin. Et cet éclair, fiché dans la poitrine, qui vibre et se répète :

« Si tu regardais dans tes ombres, qu’est-ce que tu trouverais ?!? »

L’album continue ensuite de dérouler sa pelote d’interrogations et de déclarations, entre surprises musicales et confirmations vocales. Des pièces qui ont le génie d’être complètement contrastées et en même temps absolument homogènes. Fabrizio Cammarata dit qu’il y a dans chacun de ces onze chapitres des parties de lui totalement viscérales. Une fois le disque terminé, il a eu l’impression d’avoir été au bout d’un rite chamanique. Il avait été, selon ses dires, « le chamane de lui-même ».

Un terme d’autant moins anodin que son projet précédent était le fruit d’un voyage au Mexique, avec un de ses amis musiciens, dont ils étaient revenus avec l’envie de faire non seulement un disque, mais un livre en hommage à Chavela Vargas, tous deux intitulés « Un mundo raro ».

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais surtout à écouter, alors ne vous en privez pas.

Et pour les programmateurs qui passent par ici, c’est quand et où qu’on ira écouter Fabrizio, dans nos contrées, en 2018 qui approche à pas de flocons ?!?

 

« Long Shadows »

Fabrizio Cammarata

17 novembre 2017
 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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