Dom La Nena: « J’ai arrêté de chercher des explications scientifiques à ma musique »

AlexPar Alex  •  2 Mai 2015 à 12:00  •  Live  •   19 views

La simplicité est le mot d’ordre de Dom La Nena. Aucune trace de complexité dans les mots que nous avons échangés lors du dernier Cully Jazz Festival. La rencontre a été passionnante.

Notre discussion a notamment traité de la relation particulière entre la musique et l’enfance. Ce n’est pas tout. Nous avons tenté de trouver les sources d’inspiration de la violoncelliste Dom La Nena. Ainsi, nous avons également parlé de littérature et de déracinement.

Dom La Nena possède aussi une gentillesse qui transparaît parfois lorsqu’elle demande de tenir l’enregistreur durant l’interview. Nous avons ensuite abordé la légèreté et la sincérité de sa démarche artistique.

À l’écoute de tes deux albums, le thème de l’enfance revient par la naïveté et la simplicité des compositions. Est-ce volontaire ?

Non, je ne crois pas. Mais, évidemment, le thème de l’enfance revient dans mes musiques sous plusieurs aspects. Ainsi, l’enfance est le seul moment de ma vie où j’ai habité au Brésil (son pays d’origine – NdR). Il existe certainement une nostalgie de cette période qui se retrouve probablement dans mes morceaux. En effet, mes chansons parlent beaucoup de déracinement, car je ressens peut-être une sorte de manque de mes racines brésiliennes. Finalement, l’enfance et la nostalgie du pays se mélangent et j’ai parfois de la peine à les discerner.

De nos jours, nous manquons beaucoup de naïveté et d’ignorance. Et il ne fait jamais de mal de retrouver ces deux sentiments, de nous prendre moins au sérieux en tant que musicien. Nous gagnons ainsi de la légèreté, ce qui donne toujours un peu d’air. Ce mélange de sentiments est aussi très présent dans mon dernier album (« SoYo »). Par exemple, le morceau ‘La Nena soy yo’ est un morceau qui essaie justement de réveiller l’enfance en chacun de nous. C’est vrai que j’ai un lien assez particulier avec cette période (rires).

Ce thème semble être une continuité entre tes deux albums.

Oui, c’est vrai. Mais ce n’est pas une volonté. Cela reste très inconscient. Je ne cherche pas à explorer absolument ce thème. Il faut savoir que j’ai quitté mes parents très tôt, à 13 ans. L’enfance, c’est à la fois des liens avec mon pays d’origine et ma famille.

Abordons maintenant ta musique, particulièrement celle de ton dernier album « Soyo ». J’ai pu déceler pas mal de petits bruitages, notamment un xylophone, qui se greffent ça et là à la mélodie. Cette simplicité est-elle plus consciente que la présence de l’enfance dans tes morceaux ?

Non, je ne crois pas non plus, car je n’essaie pas de faire quelque chose qui remet à l’enfance. Mais, de manière générale, j’aime faire des choses simples. D’ailleurs, je crois que la simplicité me réussit mieux que la complexité mélodique. En général quand j’essaie d’en faire trop, cela ne marche pas (rires).

Mon premier album (« Ela ») comprend, par exemple, très peu de séquences musicales complexes. Mes morceaux ressemblent généralement bien plus à de petites ritournelles simples ou à des rythmiques légères. J’apprécie particulièrement utiliser des petits détails, tels que ce xylophone, comme des cartes qui construisent un château fragile, mais qui tient pourtant debout. Autrement dit, la présence de tous ces petits éléments est un mécanisme qui forme, au final, la mécanique d’une petite voiture.

L’autre chose intéressante dans tes albums est l’utilisation des langues. Tu chantes autant en portugais, en espagnol, un peu en français et un peu en anglais (‘Carnival’). Y a-t-il des langues plus musicales que d’autres ?

Oui, absolument ! Quand j’ai fait mon premier album, les gens voulaient savoir pourquoi je chantais en portugais. Je répondais que c’était normal parce que c’est ma langue maternelle. Après cela, j’ai surtout composé en espagnol et donc ma théorie s’est un peu écroulée (rires). En fait, tu sais quoi ! J’ai arrêté de chercher des explications scientifiques à ma musique. Au final, le choix de la langue est totalement musical. C’est simplement rythmique. C’est totalement dans la sonorité des mots, dans ce que la mélodie demande.

Mais j’avoue que le français est une langue extrêmement dure à mettre en musique. Combiner musicalité et poésie dans la langue de Molière n’est vraiment pas facile. On arrive difficilement à modeler les mots. En revanche, je trouve que l’espagnol est une langue extrêmement musicale, encore plus avec l’accent argentin.

Mets-tu les mots sur la mélodie ou inversement ?

Cela dépend !

Passons maintenant à un autre thème : la littérature. Car j’ai lu quelque part que tu appréciais beaucoup Rayuela de Julio Cortázar.

Oui, c’est mon bouquin préféré !

Dans ce livre, il joue avec le lecteur. J’ai eu un peu la même impression en écoutant ton album. Est-ce important de pouvoir jouer avec ton public ?

Je joue seule sur scène et donc le public devient un peu mon groupe (rires). À vrai dire, je suis impressionnée par le rôle important qu’il tient lors d’un concert. J’aime énormément le faire participer. Après, tout dépend du public ! Il faut avoir une capacité d’adaptation extrêmement rapide. Mais je ne vois pas le lien avec Cortázar.

Oui, tu as raison, je me suis un peu égaré dans ma question (rires). Parlons à nouveau de Julio Cortázar. Pourquoi aimes-tu particulièrement Rayuela (La Marelle, en français – NDR)?

Je pense que j’ai assurément un lien fort avec Cortázar dans la mesure où il a habité tant à Paris qu’en Argentine, comme moi. Par ailleurs, j’apprécie énormément son écriture, car il semble écrire tel qu’il pense, comme moi. C’est une plume étonnante puisqu’on peut y trouver un côté bordélique ; particulièrement dans Rayuela que le lecteur peut lire dans n’importe quel sens. Ce qui est assez incroyable ! Malgré ce désordre apparent tout fait parfaitement sens. Je trouve aussi qu’il travaille beaucoup avec l’inconscient. Au final, Cortázar possède, à mon avis, une écriture réfléchie, travaillée, mais sans faire dans l’excès de raisonnement. C’est pourquoi je me sens très proche de son écriture et de son univers.

Reparlons de ton lien avec le public. Aujourd’hui (le 16 avril 2015), tu vas jouer devant une audience d’enfants. Est-ce la première fois que tu fais cela ?

Oui, c’est la première fois que je le fais (rires, un peu nerveux). Et je ne sais pas ce que tout cela donnera! Disons qu’il y a souvent des enfants lors de mes concerts alors j’y suis, en partie, habituée. Par contre, je pense que nous ne devons pas prendre les enfants à part et préparer un spectacle spécialement pour eux. Je ne vais pas faire le clown, mais un concert normal. Certainement que la communication va être un peu différente, plus fluide ou pas, mais il ne faut pas considérer les enfants différemment des adultes. Quoi qu’il en soit, les enfants sont tellement étonnants qu’on ne sait jamais exactement comme ils réagiront.

Cela te fait un peu peur ?

Non, mais je ne sais vraiment pas comment cela va être (rires). Et puis j’ai fait des actions avec des enfants dans des écoles parfois. J’ai réalisé à quel point les enfants sont laborieux, car il faut toujours inventer un nouveau truc.

Non, cela ne me fait pas peur. Je trouve plutôt que c’est marrant. Et c’est bien pour eux. D’autant plus que mes parents m’emmenaient souvent dans des manifestations semblables et cela m’a clairement ouvert l’esprit. Je pense que cela a été très important pour moi, donc cela me fait plaisir de participer en tant que musicien.

Dans le même genre...

Joyeux anniversaire aux copains d'Hateful Monday. Passez leur faire un bec à l'Usine samedi soir.

Le public dansera à Lausanne avec l'électro minimale de la Berlinoise d'adoption

Le Fri-Son de Fribourg accueillera un songwriter talentueux le 18 octobre 2018