Cully Jazz : Des Caraïbes à l’Europe en passant par le Sénégal

AlexPar Alex  •  14 Avr 2015 à 20:00  •  Live  •   0 views

Les couleurs ont illuminé le chapiteau et le Temple du Cully Jazz ! Samedi 11 avril, Alex était entre les Caraïbes et le Portugal tandis que Malvin voyageait entre l’Allemagne et le Sénégal.

Photographie: Claude Dussez

Wow ! Le mot est lancé. Il n’est pas long, mais clair et correspond aux frissons provoqués par une belle surprise. En effet, il décrit plutôt bien la prestation de Yilian Cañizares et de ses musiciens. Celle-ci débute paisiblement au son des pincements du contrebassiste David Brito, seul en scène. Le décor est minimal : une lampe d’un autre temps, des bougies, un piano à queue et deux micros. On se croirait dans un paisible bar de jazz dans le centre historique d’une ville rêvée. Et le bruissement des festivaliers, à l’extérieur du chapiteau, qui traverse les rideaux et s’accorde au voyage en préparation.

Le concert commence d’abord par une introduction instrumentale, de quoi trouver ses aises et se laisser tenter par les sonorités. Puis Yilian Cañizares, Cubaine d’origine et Suissesse d’adoption, entre à son tour avec son violon prêt à embarquer le public dans un univers musical sincère et particulier – elle dédie notamment trois morceaux touchants à sa famille. Il est vrai que le piano et le violon, instruments plutôt classiques, s’associent rarement au groove de la contrebasse et aux rythmiques de percussions africaines. Ce mélange ne court pas forcément les festivals. Dès que tous les musiciens jouent en coeur, le récital est lancé et prend toute son ampleur. Notamment grâce à la merveilleuse performance du pianiste Daniel Stawinski. Il est redoutable tout au long du concert !

Ce n’est ni du jazz, ni de la musique traditionnelle cubaine, ni de la pop, ni rien qui soit possible à catégoriser. C’est du Yilian Cañizares et c’est beau ! On devine une véritable recherche d’identité musicale par la violoniste. Les rythmes afro-cubains côtoient ainsi les séquences de merengue et les moments plus classiques où le piano et la voix de Yilian Cañizares donnent une tonalité presque mélancolique et minimaliste à la musique comme dans Canción de cuna para dormir a un negrito – où apparaît la voix d’un conteur caraïbéen déclamant un texte poétique.

De Cuba à Lisboa

Colores. Le titre de la soirée est parfaitement approprié. Plus tard, le fado d’Ana Moura le confirme. La star n’est pas seulement la chanteuse, mais surtout la guitare portugaise. Ce petit instrument à cordes pincées sonne comme la mandoline et donne le rythme à la musique traditionnelle portugaise. Mais Ana Moura joue particulièrement avec la tradition de son pays et rend le fado plus universel sans lui faire perdre son authenticité. De Cuba, nous embarquons alors dans un bateau vers Lisbonne.

Évidemment, l’appréhension est importante avant les premiers morceaux. Cette fois-ci, je ne comprends pas les paroles et il ne reste que la musique pour me convaincre. Ana Moura l’a fait, même si, j’avoue que la surprise de la première partie de soirée a un peu éclipsé la bonne prestation de la Portugaise. Cette dernière a charmé le public notamment grâce à une merveilleuse reprise: ‘A Case Of You’ de Joni Mitchell. Elle a surtout partagé une passion profonde pour l’art du fado. Le même amour pour la musique s’est exprimée au Temple, mais avec cette fois d’autres instruments.

Ablaye et Volker

Les rencontres ne cessent de s’activer, la musique bouge, les cultures s’entrelacent, et c’est juste par un amour des notes que l’Allemagne et le Sénégal se rencontrent sous l’effigie d’un jazz métisse. Ablaye Cissoko est un des griots maliens les plus reconnus de la planète, quant à Volker Goetze, un trompettiste qui a baigné dans les caves jazzy d’un grand cru new-yorkais. Et quel doux mélange ! Entre les cuivres, le kota et le chant duveteux du griot, jamais aucun arrangement n’aura été aussi étonnant et envoutant.

La bonne humeur était également à son comble, dans ce Temple baigné de lumières chaleureuses et de tapis rougeoyants. Dans l’intimité du concert, j’ai pu apercevoir la complicité entre ces deux personnages, qui n’hésitaient pas à se lancer des vannes tout en accompagnant le public avec soi. Des rires et des frissons, voici ce qui résumerait la soirée. Un amour qui prend vie, une musique qui se fait récit. Et par mes yeux curieux et aguicheurs, j’aurais même entraperçu une larme couler sur la joue d’une dame. Peut-être est-ce l’art oratoire d’Ablaye qui envoûte nos sens. Ou peut-être est-ce simplement le partage et les souvenirs qui prennent corps avec la musique. De New York à Bamako, des Caraïbes au Portugal, le Cully Jazz cette année ne cesse de nous transporter, assis ou debout, à travers vallées et contrées d’une beauté musicale rarement esquissée.

Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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