Cully Jazz 2018 : Wesseltoft sur le chemin des étoiles

KarimPar Karim  •  22 Avr 2018 à 21:02  •  Live  •   49 views

Le Temple bruissait d’impatience, vendredi 20 avril, en attendant que Bugge Wesseltoft nous emmène sur les traces de quelques anges pas forcément déchus. Deux rappels plus tard, entre flâneries intimistes et envols électroniques, les curieux et les convaincus n’ont pas été déçus.

Dans le train, le nouveau recueil du délicatement truculent Pierre-André Milhit (éditions d’autre part) m’accompagnait ; la chute d’un de ses poèmes venant vite faire un clin-d’œil au concert qui s’annonçait (le dernier album de l’artiste s’intitulant « Everybody Loves Angels ») :

« […]
Je compte avec les doigts
Les taches de rousseur sur les fesses d’un ange »

Le pianiste norvégien a lancé, il y a une vingtaine d’années, la Fjord Touch, grâce au label qu’il créait alors, permettant à différents improvisateurs amateurs de bidouillages électroniques de s’exprimer.

Il a depuis allègrement slalomé entre les genres, les idées et les collaborations. Il était venu à Cully avec un projet très électro, il y a dix ans ; il avait alors pris ses aises au Next Step. Cette fois, le crucifix qui le surplombe correspond mieux à son album du moment, enregistré dans la cathédrale de Lofoten, la ville où son grand-père a vu le jour.

Il y tisse un assemblage de reprises pop, avec une pièce de Bach et une composition venue de l’Âge d’Or danois.

Des ponts de notes entre les époques et les lectures de « classiques » du XXème

Ce soir, c’est avec Angie’ qu’il a commencé, dans une lumière digne d’un crépuscule sur le Léman, avant que s’invente un peu de bleu et l’ombre de Bugge dedans, donnant quand il se penchait sur con clavier l’impression d’un grand livre s’ouvrant et se fermant.

(Tout derrière, ça bouge et « traficote » pas mal entre les morceaux, d’autant plus qu’il fait diablement chaud parce qu’allez savoir pourquoi, le chauffage est allumé.)

Il enchaîne avec ‘Locked out of heaven’. Lors de sa troisième douceur, je pars si loin qu’un moment donné, je ne sais plus si j’ai un stylo dans les mains, je ne sens plus mon calepin. La quatrième pièce, sorte de point de bascule électronique, me sort de mes rêveries. Bugge ajoute, grâce à son ordinateur, des sons dont je ne saurais dire s’ils me rappellent davantage un fouet en train de blanchir des œufs ou les pales d’un store. C’est étrange mais ça marche plutôt bien.

Le son se fait caverneux, se réverbère dans la silhouette des candélabres avant de rappeler les battements du cœur. Les lumières se font aurores boréales, sieur Wesseltoft est dans tous ses états.

On aura encore le droit à ‘Blowin’ in the wind’ et ‘Let it be’, en dentelles joliment colorées.

Monsieur s’en va, revient, repart, revient sans jouer, puis revient quand même au clavier

Lors du premier des deux rappels, il se dandine, debout, nous proposant des bruitages avec une espèce de gros chapelet en bois.

Quand il salue, on dirait qu’il est en « mode accéléré », alors je fais de même pour mon final.

Et vous sers un autre vers de Milhit, auquel j’ai pensé en regardant le ciel me chapeautant jusqu’à la gare, me disant que c’était finalement un peu ce que faisait Bugge les bons accords avec son clavier :

« je masturbe le ciel pour boire le lait des étoiles »

 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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