Cully Jazz 2018 : l’esprit et le corps prennent le large

AlexPar Alex  •  15 Avr 2018 à 14:00  •  Live  •   60 views

Quand l’abeille bourdonne le printemps bourgeonne. Le début du Cully Jazz méritait bien l’invention d’un dicton de derrière les pâquerettes, juste comme ça, parce que ça fait plaisir et qu’il ne faut jamais hésiter à transgresser une expression figée par des fagots.

Photographie : © Cully jazz / loOrent.com

C’est évident, surtout lorsque les festivaliers bourdonnent aussi dans les ruelles bondées du village de vignerons au bord du Léman. Il y a d’abord l’accueil de la famille Cully Jazz dès le passage au bureau de la presse. Ces visages qu’on revoit, souriants, qui nous accueillent toujours avec la même gentillesse et qui nous reconnaissent par notre prénom d’une édition à l’autre. Mais encore ces bénévoles indispensables – avec un hoodie estampé polyvinblanc pour polyvalents – qui rendent le festival si particulier.

Puis une question avant le concert de Jordan Rakei : qu’y a-t-il d’intéressant dans le festival off ? Cette impulsion réveille automatiquement la plus agréable curiosité musicale. Je constate la présence réjouissante de deux scènes en plein air, les Openjazz ; malheureusement les concerts sont déjà terminés. Toute cette énergie pétille toute de même pendant que je bade en badaud rêveur, assis près de l’eau, sifflant un p’tit blanc devant la Dent d’Oche, son château encore enneigé, Les Cornettes de Bise, le Grammont et toutes les têtes couronnées de blanc d’en face.

Un petit état des lieux et quelques notes m’attirent hors des sentiers bitumés. C’est en passant devant la scène gratuite du Club. J’entends le son d’une batterie saccadée, à contre-temps, et un saxophone qui évoque les envolées improvisées de Coltrane ; mon pas change soudain de direction. A Love Supreme. J’entre. A Love Supreme. Le duo londonien Binker & Moses oscille entre des improvisations déstructurées proches des beat de hip hop et une maîtrise certaine de la rythmique. Ce qui leur permet notamment de changer diablement vite de cadence. Mais déjà, l’heure du début du concert de Jordan Rakei sonne et je file au pas de course – je m’étais oublié – vers le Next Step.

From jazz to soul

Et voilà que les quatre messieurs du label Ninja Tune arrivent sur scène ! La puissance des acclamations prouve que des fans se trouvent à l’avant de la salle. Jordan Rakei et ses trois musiciens s’installent : un batteur, un guitariste et un bassiste. Un quatuor toute à fait traditionnel et qui n’a l’air de rien a priori.

Tout commence en douceur avec ‘Eye To Eye’. Un morceau qui annonce déjà la couleur : la batterie sera brutale, les nappes électroniques et la voix de Jordan Rakei seront plus délicats. Un contraste qui dictera le tempo tout au long du concert. D’abord, il y a l’appréhension d’entendre la copie conforme de l’album – quelque peu trop lisse, mais elle s’estompe heureusement au bout de trois morceaux. C’est alors que les improvisations vocales de Jordan Rakei grandissent, il ose même un flow franchement hip hop et la basse devient plus grasse. Le groupe est lancé, le public semble suivre.

La tension sensuelle se gonfle de désirs au fil des morceaux, la sueur couvre déjà tous les visages, la chaleur est torride et les corps se détendent ; les mouvements des spectateurs deviennt fluides quand le groupe joue ‘Sorceress’. Les changements de rythme se multiplient et la voix profondément soul de Jordan Rakei se révèle. Les couples s’enlacent, s’approchent. Les nerfs se relâchent complètement et le déhanché sexy à répétition s’impose urgemment au moment de la ligne de basse de ‘Nerve’. C’est ça, oui, c’est exactement ça qu’on veut !

Un constat s’impose en sortant du Next Step : c’est bon, très très bon. Il me faut un petit moment pour atterrir et revenir à moi. Juste de quoi s’hydrater et repartir en direction du Caveau Mélanie Weber. Histoire de voir ce qui s’y passe. C’est Les Chevaliers du Christe, et c’est juste ce qu’il faut pour m’apaiser, terminer la soirée avant de poursuivre mes errances cuilliéranes dès le lendemain.

Le Cully Jazz, c’est encore jusqu’à samedi 21 avril 2018 et vous trouverez toute les informations sur la programmation sur le site internet du festival.

 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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