Cully Jazz 2018 : l’énergie Mélissa Laveaux

KarimPar Karim  •  16 Avr 2018 à 12:00  •  Live  •   136 views

Dix ans après son premier passage au Cully Jazz, Mélissa Laveaux était de retour le dimanche 15 avril. C’est au Next Step que ça s’est passé, et c’est pas peu dire que ça a groové.

Elle arrive – fleurs dans les cheveux, sorte de fin manteau rouge sur une robe noire ; sourire radieux – et d’emblée, sans même avoir dit un mot ou jouer de sa six cordes, un constat s’impose : elle envoie.

Elle nous raconte alors ses mésaventures de 2008 : un ingénieur du son alcoolique, du coup un son catastrophique, une salle qui grogne et une tourneuse sur le point de tout laisser tomber. La malchance, c’est la porte d’entrée pour le titre qui lance son concert, ‘Panama mwen tombe’, une histoire de chapeau qui a chu de la tête d’un président, que personne ne veut ramasser parce que ça porte malheur. L’homme de pouvoir refuse d’y croire et de faire demi-tour, il remet son couvre-chef, contrarié, et meurt d’une crise cardiaque peu après.

Libre à nous de hausser les épaules et de ne pas y croire, pour elle, c’est une histoire vraie, affirme-t-elle joyeuse et frondeuse.

La musique peut alors commencer, et même si l’ensemble du répertoire, tournant autour de ce qu’elle a appris de la période d’occupation américaine en Haïti (elle ne va pas tout nous raconter, ajoute-t-elle avec cette gouaille qui donne envie de l’embrasser, mais on a sans doute tous un smartphone, alors on aura qu’à aller y voir de plus près), n’est pas à proprement parler léger, chaque titre invite à se dandiner plus ou moins conséquemment.

La formation est plus sobre que celle de l’enregistrement, à savoir juste Elise Blanchard à la basse et Martin Wangermée à la batterie. Un trio qui a la rythmique dans la peau et sait comment nous transformer en pulsations sur pattes.

On passe ensuite à ‘Simalo’ puis ‘Nibo’, qui se termine par une première enflammade du batteur, très inspiré ce soir.

Tout au long du concert, Mélissa nous parle pratiquement entre chaque morceau, les contextualisant, qu’il parle de vaudou, de lynchage (‘Jolibwa’, une composition personnelle en hommage à Joseph Jolibois, un leader nationaliste mort en prison) ou de propos grivois (‘Tolalito’, dont le refrain, qu’elle entonnait enfant sous les yeux effarés de ses parents, signifie « J’ai rêvé que tu étais un vélo et que je te montais toute la nuit »).

Pour ‘Legba na konsol’, ses musiciens la laissent seule sur scène. La puissance se décline différemment, devient soudain plus introspective.

Elle chante ensuite une chanson qui n’est pas sur son album, en hommage à la politicienne (et bien plus que ça) brésilienne Marielle Franco, tuée par balle, de forts soupçons se portant sur la Police Militaire.

Elle enchaîne en racontant que le projet de l’album est né du titre ‘Angeli-ko’ l’histoire de la femme d’un militaire américain incapable de tenir sa maison, et dont le mari excédé lui dit de rentrer chez sa mère. Une manière pour les Haïtiens de dire aux Américains de rentrez chez eux, selon Mélissa.

Avant de s’en aller (elle reviendra, selon son contrat, si on fait suffisamment la moue quand elle annonce le dernier morceau. Ben voyons.), elle remercie Carine Zuber, qui même si elle officie désormais à Zürich (elle était programmatrice du Cully Jazz jusqu’en 2015), semble avoir eu son rôle à jouer dans le retour de dame Laveaux sur ces terres homonymes.

On aura encore le droit à deux morceaux, dont ‘Needle in the Hay’ (reprise d’Elliott Smith), de son premier album, et on ressortira avec l’impression bien agréable d’avoir vécu un concert splendide, porté par une énergie dont dire qu’elle est communicative reviendrait à dire que la vue depuis le débarcadère de Cully est « jolie » ; on serait loin du compte.

Merci, m’dame, pour ces déflagrations qui s’accrochent à la peau et à la caboche.

Le Cully Jazz, c’est encore jusqu’à samedi 21 avril 2018 et vous trouverez toute les informations sur la programmation sur le site internet du festival.

 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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