Cully Jazz 2018 : la beauté de l’enthousiasme

KarimPar Karim  •  19 Avr 2018 à 11:24  •  Live  •   62 views

Un chapiteau comble et comblé, Lisa Simone fait définitivement partie de la grande famille estampillée Cully. C’est mardi soir que cela s’est confirmé, en dansant et se riant des chaises bien sagement installées.

Photographie : © Claude Dussez

A 20h30, c’est d’abord Lucia Cadotsch, accompagnée d’Otis Sandsjö au saxophone et de Petter Eldh à la contrebasse, qui a tenté de convaincre le public. Pour ce qui est de la voix, la dame serait un cocktail d’Alela Diane et de Rosemary Standley ; à ses côtés, un Archie Shepp complètement habité et un Ron Carter des grands soirs.

Musicalement, c’est de la haute voltige, on commence par un ‘Don’t explain’ étiré et essoufflé pendant dix minutes, puis on terminera, au rappel, par un bref et splendide ‘Moon River’ (le trio, sur chaque reprise, invente avec brio de fort personnels univers). Mais Lucia, main dans les poches de son évanescente salopette noire, semble ne pas savoir quoi faire d’elle, et ses musiciens évoluent à un niveau de « free jazzité » ne faisant pas l’unanimité. Du coup, le « How are you doing ?!? » qu’elle nous tend vers la fin fait un flop. Dommage.

Un coucou au lac, une gaufre, et ça repart

A peine revenu de la pause d’une demi-heure annoncée, le guitariste (Hervé Samb) de Lisa Simone se pointe, lançant le premier morceau, ‘Tragique Beauty’ ; arrive dans l’élan le batteur (Sonny Troupé), puis le bassiste (Reggie Washington). Les épaules ne tiennent déjà plus en place.

Et voilà la star de la soirée, rayonnante, qui donne de la voix et se montre d’entrée complice avec l’auditoire. Ils enchaînent avec ‘Ode to Joe’.

En filigrane, toujours, la figure de Nina

Il s’agirait bien sûr de parler d’elle sans dire « la fille de », parce qu’elle est évidemment bien plus, mais ‘Tragique Beauty’ a été écrit quand sa maman rejoignait le Mystère de l’après, et avant le troisième morceau, elle le dit texto

« C’est le moment de célébrer une grande dame, ma mère. »

Alors résonne ‘Ain’t Got No, I Got Life’. Lisa Simone met tellement de joie, de fraîcheur et d’énergie dans chacun de ses gestes, dans le moindre de ses regards, que même quand le fantôme de Nina est là, aucune noirceur n’a son mot à dire. On se recueille ensemble, avec le bon son en guise de religion.

En français ou en anglais, Lisa jongle, malicieuse

Elle nous a demandé dans quelle langue on préférait qu’elle s’adresse à nous. L’idiome local est sorti légèrement vainqueur. Elle s’est pliée au vote avec le sourire, s’en remettant à l’anglais quand elle avait besoin d’être un peu plus précise pour introduire une chanson.

A présent c’est son guitariste qu’elle présente, le monsieur s’amuse un moment seul, puis un petit battle commence avec Lisa. Ils s’éclatent, c’est évident, et la salle forcément adore.

Ils nous servent ensuite ‘If you knew’, que Nina avait écrit pour sa fille, avant de changer complètement d’ambiance, avec un morceau du prochain album, qui sonne rockabilly, mais oui.

Un autre inédit, plus tard, sera lui aussi méchamment rock, mais un rock plus tardif, plus seventies.

Cette équipe a le feu pluriel et intergénérationnel.

Elle se promène dans la salle, sert des mains, demande à tout le monde de secouer son popotin

Il faut la voir faire un petit tour d’honneur au milieu du public, chantant de plus belle, communiant avec sa famille élargie.

Il faut l’imaginer sauter, rugir, murmurer, nous caresser pendant presque deux heures.

Il faut la voir, aussi, quand elle salue et remercie, joignant les mains et s’inclinant dans une chorégraphie respirant la paix et la beauté, à l’instar du monde rêvé dans son album « My world », que je ne saurai trop vous recommander, en attendant la prochaine galette prévue à l’automne.

Le Cully Jazz, c’est encore jusqu’à samedi 21 avril 2018 et vous trouverez toute les informations sur la programmation sur le site internet du festival.

 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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