Coilguns: « On va quand même tout cramer… »

GlennPar Glenn  •  14 Juin 2018 à 09:35  •  Festivals, Interviews  •   307 views

On a eu le plaisir de rencontrer la moitié de Coilguns dans leurs locaux à La Chaux-de-Fonds. Jona (multi-cordes) et Luc (batterie) racontent l’épopée de leur dernier album « Millennials » dans le cadre de leur prestation à Festi’Neuch vendredi sur la scène de la Marée.

Suite à la sortie de votre deuxième album Millennials sur Hummus Records, vous avez entamé une tournée. Comment c’est de le jouer en live et quels ont été les réactions du public?

Jona: On a fait cinq dates avant de sortir le disque pour se chauffer et pour voir justement comment ça fonctionne en live. Ensuite, on a fait une tournée en Europe de l’Ouest pendant trois semaines. Je n’ai pas l’impression qu’on s’est tant préparé que ça, car ce n’est jamais vraiment un problème d’interpréter ces morceaux en live car on les écrits dans ces conditions. Nos disques sonnent comme on les joue ou l’inverse. Ce qu’il faut trouver, c’est surtout comment s’entendre et se placer sur scène, voir comment les gens bougent… On ne chorégraphie rien, mais on pense à ce genre d’éléments, tout comme l’énergie qu’on diffuse sur scène. Après il n’y a pas de secret: c’est en jouant que ça vient. On sait jouer les morceaux techniquement parlant mais la manière de les interpréter correctement en est une autre. Les répétitions ont plus tendances à nous faire chier qu’autre chose, on en a fait juste avant de partir en tournée, mais là on répète plus quoi! Après environ 35 gigs depuis le début de l’année, on arrive à un endroit assez confortable du coup, on sait ce qu’on branle quoi! Il y a vraiment une belle énergie au sein du groupe parce qu’on a décidé de faire de ce groupe notre activité principale et puis on donne tout comme on l’a toujours fait sur chaque note et chaque putain de riff. Du coup, j’ai vraiment l’impression que ça se ressent: Il y a toujours relativement eu du monde à nos concerts, que ça soit des gens qui connaissent ou qui nous connaissent pas. Ils on l’air de pas mal se prendre des branlées! Et malgré les ténèbres qu’on essaye d’invoquer, il y a toujours tout le monde qui a le sourire! (rires). J’ai envie de croire que c’est bien reçu!

Luc: On était hyper excité de jouer ces nouveaux morceaux! Le processus, c’est de jouer et d’encore jouer pour que le set soit cohérent. Pour ma part l’accueil, c’est toujours un peu la surprise mais toujours du bon côté quoi! Donc c’est positif!

Vous avez enregistré l’album dans un chalet au fin fond de l’Allemagne, comment s’est déroulée la colocation?

Luc: C’est une colocation spéciale car on avait vraiment un but. Parce qu’il y avait rien! Il fallait monter le studio, même si Jona et moi sommes capables de le faire de manière élémentaire, c’était Louis (Jucker, chants) qui était responsable de toute la partie technique en ce qui concerne l’infrastructure, le recording, mettre sur bandes et toutes les prises. Tout c’est pas bien passé parce qu’on était dans une jolie petite maison, coupé de tout dans le but de faire un disque. Après une grosse journée de boulot, on se faisait à bouffer et on regardait des films. C’était super parce que au-delà d’être des collègues de groupes, on est tous des amis et on sait que ça fonctionne. Le fait de rester un mois comme ça, toute ton énergie et tes émotions passent dans la création du disque!

Jona: On a pris un mois aussi parce qu’avant ça avec notre album précédent « Commuters« , on avait pris tout un été, style 5 à 6 semaines pour écrire le disque. Louis est venu se rajouter et ensuite le studio pour trois jours. C’est pas tant différent, sauf qu’avec les agendas qu’on a, on ne peut pas se permettre de se voir de manière éparse. Du coup, on s’est fixé un mois pour écrire le disque! L’enregistrement quant à lui à duré quatre jours sur ce mois, de prises définitives! En somme, on a écrit pendant un mois les morceaux, Louis a enregistré sur bandes donc c’est un peu plus compliqué car il fallait apprendre à voir comment ça fonctionnait, comment entrer dans les pré-amplis, bouger des micros et essayer différents amplis etc… Donc on a travaillé sur le son en même temps qu’on composait et en fait l’album était déjà presque mixé lorsqu’on a commencé les prises de son. C’était une expérience humaine mortelle parce qu’on était que les trois (Jona, Louis, Luc) et on a vu personne! Il y avait un mec qui nous amenait de la weed alors qu’on ne fume jamais! (rires). Il y avait aussi un autre mec qui nous emmenait du bois! Sinon on sortait jamais, parce que tout ce qu’il y avait c’était des éoliennes!

Luc: Ouais, trois maisons autour et des champs avec les éoliennes et voilà! Si Jona niveau sortie, c’était assez limité, Louis et moi on est allé se promener dans les champs 2 à 3 heures de tant en tant pendant la semaine (rires).

Jona: On bossait la nuit, on bossait le matin ça dépendait, c’était selon l’inspiration! Il y a pas un moment où on ne parlait pas de ce disque. Aussi parce qu’on discutait du fait qu’on allait s’asseoir sur nos carrières et que c’est ça qu’on allait faire le reste de notre vie. De voir quel genre d’artistes on voulait être, quelle éthique on voulait avoir et quelle philosophie on voulait transmettre. C’est ce genre de discussions qui ont donné un corps à ce disque. Peut-être que ça s’entend pas parce que Coilguns c’est un style, mais au niveau des paroles et de l’interprétation de Louis, il y a beaucoup de choses qui sont venues de ces discussions quoi! C’est fantastique! Du coup pour le prochain album, on pense faire la même chose mais on va plutôt rester en Suisse. On va habiter sur place et il y aura Donatien (synthés). Je me réjouis de refaire ça, parce que je ne vois pas comment le faire autrement. J’ai l’impression d’avoir accompli un truc personnellement et humainement avec mes meilleures potes tu vois! Du coup, ça me rend assez heureux quand je me lève le matin! (rires).

Vous avez recruté un nouveau membre, Donatien aux synthés, quelle était la motivation derrière?

Luc: La question s’est posée quant à l’interprétation des nouveaux morceaux lorsqu’ils ont été terminés. On s’est dit que ce serait bien, car on a fait des overdubs et ajouté des lignes sur ce disque. Du coup, les morceaux étaient beaucoup plus épaissis, on s’est dit que vue qu’il y a de ces choses sur l’album et qu’à trois uniquement on ne saurait pas comment faire en live: ce serait bien d’ajouter un synthé. Donatien qui a emménagé à La Chaux-de-Fonds et qui a joué dans Schwarz, libre et motivé, eh bien ça serait le mec approprié pour! On a réarrangé tout le set avec lui, car ça ne servait à rien qu’il vienne jouer que deux trois notes quoi! Et de manière naturelle c’est devenu un membre du groupe.

Jona: C’est vraiment un membre pertinent dans le sens que c’est un gars très créatif qui a envie d’écrire de la musique aussi. Et ça c’est cool parce que ça a ouvert plein de perspectives pour le groupe et le futur. Il a le même style de vie que nous, donc assez flexible au niveau du boulot et qui sait se rendre disponible quand il le peut. En plus, il est multi-instrumentiste, c’est un vrai musicien! On lui a demandé s’il sait chanter, il a répondu oui. S’il sait faire des percussions, il a répondu oui. S’il sait chanter, jouer les percussions et du synthé en même temps, il a répondu oui! (rires). Aussi, il est chill en tournée et grâce à lui on mange mieux! Du coup Coilguns, serait plus jamais la même chose sans lui quoi!

Votre musique est quelque part inclassable, quelles étaient vos influences au moment de l’enregistrement?

Jona: Il y a forcément des groupes et des trucs qui inspirent, mais si je te dis que le premier morceau de « Commuters » est inspiré du moment où j’écoutais trop The Mars Volta à ce moment là, il n’y a pas beaucoup de gens qui vont le comprendre! Pour « Millennials« , il y avait vraiment une envie de faire quelque chose d’hyper sombre, assez tribal, répétitif, massif et plus groovy, peut-être. Un disque qui m’a vraiment marqué pour la composition de cet album, c’est « Tunnels » de Terra Tenebrosa qui serait plus au niveau de l’attitude. Un truc qui fout vraiment les jetons. C’est surtout au niveau de l’atmosphère. C’était pas une compétition de faire le plus dark ou le plus violent. On voulait faire quelque chose à fleur de peau quoi!

Vous allez jouer à Festi’Neuch, vendredi à 21h15 à La Marée. Vous êtes un peu à la maison… À quoi vous vous attendez et à quelle sauce va t-on être mangé?

Jona: C’était pas mal de discussions à l’interne. Quand Antonin Rousseau (directeur de Festi’Neuch) nous a proposé ça, il avait vraiment envie de nous inviter. Nous on ne savait pas trop, lui après non plus ne savait plus trop, pour ce qui concerne la pertinence au niveau de la prog’. En effet, Coilguns n’est pas un spectacle tout public, parce que s’il y a des petits tenant une barbe-à-papa avec leur parents au premier rang, ça le fait pas! Évidemment, il ne faut pas qu’il y ait une stigmatisation de la performance dans le sens où les gens se disent: Ah tient! C’est le groupe de métal à Festi’Neuch qui va tout casser et qui va foutre des pieds dans la gueule!« . Parce que c’est pas du tout ça le propos. On ne voulait pas être le groupe polichinelle que les gens viennent voir parce que ça joue fort et parce que c’est violent sur scène. La raison pour laquelle on a décidé de le faire, c’est parce qu’Antonin Rousseau à pris le temps de nous appeler trois fois pour discuter de ça et j’ai trouvé ça hyper cool. Parce que Festi’Neuch veut faire quelque chose de cette scène de La Marée et pas simplement de garder cet endroit comme la fameuse scène des petits groupes suisses ou la scène des groupes plan-plan qui font « pouet pouet ». Du coup, booker Coilguns, c’est vraiment prendre un risque parce qu’on est un groupe qu’on verrait mieux jouer à Rock Altitude… L’élan qu’il y a eu pour nous, je le trouve hyper beau du coup je me réjouis à fond! Je ne sais pas trop à quoi m’attendre parce que j’imagine qu’il y aura aussi des curieux qui verront un truc qu’ils n’ont jamais vu. Mais après, Festi’Neuch c’est un environnement particulier avec une programmation particulière. C’est un lieu assez cool dans l’atmosphère. J’imagine que ce sera un public partiellement le nôtre et un autre qui sera sensible à ce qu’on fera sur scène.

Luc: On est un peu à la maison. Je ne sais pas trop… Oui et non, parce que c’est un billet avec un certain coût avec des artistes pour lequel la majorité de l’audience de Coilguns va renoncer. Mais là après, j’en sais rien! En tout cas, ça va être un feeling différent de ce qu’on a l’habitude de faire comme scène. Mais je me réjouis aussi! Je salue le geste d’Antonin Rousseau qui n’a pas ignoré des groupes comme nous, qui sont régionaux et qui font de l’actualité, de nous inclure dans ce genre d’événement qui reste un événement aussi assez régional, ça a du sens, ça fait plaisir et ça donne envier d’y aller.

Jona: C’est clair qu’un festival de crust-punk en Angleterre ça tabasse différemment! On se demandait aussi s’il fallait qu’on se contienne… Car on n’a pas envie de « blesser » des gens et que ça soit un scandale… Alors que ça ne va pas être du tout le cas parce que tu t’adaptes aussi à ton audience dans le sens où si les gens ne veulent pas faire du crowdsurfing et bien il n’y en aura pas et on sait aussi faire des concerts dans le genre. Du coup, ça va être un bel exercice aussi car… peut-être va savoir… on sera peut-être tout pourri et nul voire pas à l’aise… Mais j’en n’ai pas l’impression! J’ai juste pas envie qu’on se fasse passer pour les mecs style les machines de guerre qui vont tout brûler et qui hurlent « Satan » sur place… Même si on va quand même tout cramer! (rires).

 

Festi’Neuch

Neuchâtel

Vendredi 15 juin/ 21h15/ La Marée
 
Auteur:
Glenn

N’aimant pas particulièrement la musique, j’ai été catapulté ici par hasard et au-delà de ma volonté. Préférant l’austérité à la frivolité du spectacle de la débauche auditive, je compte les jours qui me permettront à long terme de devenir sourd. Le vacarme m’étant insupportable.

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