Donny Hathaway – « Extension Of A Man »

AlexPar Alex  •  5 Avr 2012 à 17:41  •  Albums  •   365 views

Donny Hathaway a fait l’histoire de la soul. Cette voix de velours dans un cœur triste était aussi un immense musicien dont l’ambition s’exprime particulièrement bien dans « Extension Of A Man ». Un homme qui a oscillé entre gloire et dépression. Mais surtout une sensibilité dont la musique couvre le cœur d’un voile délicat et chaleureux.

Notre premier grand disque du grenier dépoussiéré pour vous.

L’album s’ouvre de manière surprenante par ‘I Love The Lord; He Heard My Cry (Parts 1 & 2)’. Un morceau qui rappelle étrangement la musique d’un film comme si Donny Hathaway voulait alors nous inviter à découvrir un univers fantastique et cinématographique. Ce qui est plutôt osé pour l’époque. Et ceci, il le fait avec un orchestre qui m’a franchement mis les frissons.  Plus étonnant encore, la composition semble presque contemporaine. Il faut croire qu’il était alors en avance sur son temps. Une symphonie en deux parties comme un récital au nom de Dieu, au nom de la spiritualité qui est présente tout au long de l’album.

Et puis, ‘Someday We’ll All Be Free’, l’une des plus belle mélodie de l’album et de la carrière de Donny Hathaway suit naturellement et sans la moindre interruption. Un titre presque utopique qui est mis en musique de manière fabuleuse et qui laisse rêveur. À noter le merveilleux solo de trompette de Marvin Stamm.

 

S’en suit ‘Flying Easy’, où Donny Hathaway promène sa voix dans un ciel bleu dont la fraîcheur donne envie de partir s’envoler quelque part sans revenir. Une invitation au voyage où l’on croise notamment ces paroles :

« We’re flying high on a velvet sky,
with the wind on our wings,
climbing easily on the breeze,

We’re flying easy and we do just what we choose,

We’re flying easy not a worry on our mind. »

Donny Hathaway dévoile ainsi tout son talent de songwriter. Il s’approprie par exemple la légèreté, puis la met en mots et en musique sans la moindre complication apparente et avec beaucoup de justesse. Comme si tout planait à l’endroit précis où il le désire.

Après ce vol par dessus les soucis l’instrumental ‘Valdez In The Country’ apporte des sonorités exotiques à l’œuvre. Malgré une introduction à la basse plutôt funky, on est rapidement surpris de se trouver plutôt quelque part à danser la salsa. Comme si le transport vers l’Amérique latine était devenu possible grâce à la musique.

‘I Love You More Than You’ll Ever Know’ prend ensuite à contretemps et plonge l’auditeur dans ce que la soul fait de mieux. La voix de Donny Hathaway prend alors une dimension propre à ce genre musical. Elle rappelle naturellement les plus grands. Des mots qui sortent des tripes. Le cœur ouvert à réclamer l’amour sensuel et délicat. La passion qui explose. Toute la puissance de l’émotion que chacun a connu un jour s’exprime alors en mots et en musique.

 

Par la suite, et comme pour rompre complètement avec le précédent morceau où le timbre était chaleureux, ‘Come Little Children’ se veut clairement funky et entraînant. La guitare, le piano et les cuivres s’enflamment et habillent les expérimentations vocales du Soulman qui se réveille de sa mélancolie.

Il enchaîne alors avec ‘Love, Love, Love‘, dont le titre parle par lui-même, où on le sent plus relâché et comme libéré de je ne sais quel fardeau. Il se permet quelques montées en altitude vers des aigus qu’il n’ose que très rarement sur cet album.

« Extension Of A Man » n’est pas terminé. Il resterait en effet quelques morceaux à commenter. Mais je ne veux pas vous dévoilez la suite en mots. Je ne peux que dire que le final est monumental. Allez écouter !

Je vous recommande donc vivement d’aller jeter une oreille attentive à cet album qui mérite, à mon avis, une place d’honneur dans le panthéon de la Black Music. Dans l’idéal, il faut l’écouter du début à la fin et sans interruption. Et ceci pour mieux apprécier la diversité de l’œuvre musicale de Donny Hathaway qui atteint ici un sommet mais paradoxalement aussi une fin. Puisqu’il sera, après 1973, quasiment absent de la scène musicale jusqu’à sa mort brutale en 1979.

Atlantic Records – 1973
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