Chinese Man: « À part le jazz, c’est 90% de trucs préparés et 10 % d’impro »

GlennPar Glenn  •  15 Juin 2018 à 11:55  •  Festivals, Interviews  •   114 views

On a rencontré les deux DJs de Chinese Man, High Ku et Zé Matéo tranquille bonnard jeudi à Festi’Neuch avant que le combo retourne la scène Lacustre bondée.

Pourquoi le titre de votre dernier album « Shikantaza » est-il inspiré du boudhisme zen ?

 Zé Mateo : On cherchait un moyen d’illustrer la manière dont on a l’habitude de faire de la musique. Il s’est trouvé que le shikantaza est une position de méditation pour accueillir le présent. Cela évoque aussi notre manière de faire de la musique et, en parallèle, un regard sur comment les choses se passent aujourd’hui avec les téléphones portables, les réseaux sociaux, la consommation de la musique et les projets culturels. C’est le papa de Haïku qui nous a fait le cadeau d’appeler l’album ainsi. On trouvait que ça collait bien.

Les sonorités ressemblent à un véritable tour de tous les continents. Comment avez-vous construit ce tour du monde musical ?

 High Ku : C’est surtout inspiré des vinyles qu’on achète. On a des magasins à Marseille où on aime bien allé. Il y a aussi le cousin de Matteo qui a découvert que dans la cave de l’appartement qu’il a acheté, il y avait une collection de vinyle. Donc ça forcément, c’est cadeau. L’intention n’arrive jamais sans l’action.

Zé Mateo : Pa ! Fin de l’interview ! (Rires) Boum, boum ! T’as tout dit là !

High Ku : On intellectualise assez peu notre musique. Naturellement nous avions envie que l’album reflète plein de styles qu’on voulait aborder, de musique qu’on aime. On ne s’est pas dit qu’il faut faire l’Amérique du Sud, du Nord, etc.

Est-ce que vous avez eu un coup de cœur pour un pays et sa musique en particulier durant la préparation de l’album ?

 Zé Mateo : C’est difficile d’avoir en tête un exemple particulier puisque nous avons tellement écouté de sons. Après, c’est vrai que sur ce projet nous sommes allés en Inde pour finaliser l’album. Forcément la connexion avec les instruments qu’on a pu découvrir et les arrangements se sont fait plus naturellement. D’autant plus qu’on découvrait la culture en même temps que l’enregistrement. Souvent on se laisse guidé par les samples. C’est tellement au gré de ce qu’on écoute. C’est pourquoi nous ne pouvons pas dégager un exemple en particulier. En ce moment, par exemple, je bloque pas mal sur la musique turque mais ça ne veut pas dire.

High Ku : Sur le morceau ‘Blah !’ On a samplé un truc thaïlandais, le molam sound. C’est un pur mélange de rock et funk psychédélique avec des voix traditionnelles très perchées. Mais de toute façon, le sampling est sans fin. Par exemple il y a eu la Turquie depuis une dizaine d’années. Il y a aussi eu l’Ethiopie où on a découvert que dans les années ’70 il faisait un espèce de jazz funk complètement ouf. En plus, il faut savoir que dans le groupe, et même les techniciens, on achète quasiment tous des vinyles. C’est sans fin.

Est-ce que le set change d’un lieu à l’autre ?

 Zé Mateo : D’abord, on prépare d’abord un set pour les salles pour lesquels nous avons généralement 1h40 de show. On réadapte constamment le spectacle. Après, on aime constamment apporté des changements pour ne pas tomber dans la lassitude. Pour ce soir par exemple, on a réintégré un morceau et puis on en a raccourci un. Sur une heure, c’est bien mais on est malheureusement obligé de couper les morceaux de l’album.

Est-ce que vous laissez une place à l’improvisation ?

 Zé Mateo : On va préciser que c’est de l’improvisation au sein de quelque chose de très organisé parce que tout est très écrit. Évidemment on ne peut pas se permettre une modification de structure entre son et lumière donc ça limite quand même beaucoup le champ des possibles sur l’impro. Après, à l’intérieur des morceaux, il y a des modifications qui peuvent être faite par les chanteurs. Il y a évidemment le delire du battle qu’on peut faire entre nous. Les scratchs et les arrangements peuvent être un peu différents. Il y a évidemment une part d’improvisation, sinon on se ferait chier à juste presser sur un bouton. En même temps, je ne m’ennuie jamais puisque je regarde des séries pendant le show (Gros éclats de rire).

 Y a-t-il pendant le show ce moment où vous vous regardez l’un et l’autre et que vous vous lancez dans une battle de scratchs ?

 High Ku : Non, parce que nous sommes comme un groupe qui joue un morceau. On le fait durant des sessions de scratchs. C’est comme un solo dans un morceau. Il fait ce qu’il veut, mais il a cette liberté pendant un certain nombre de mesures. À part le jazz, c’est 90% de trucs préparés et 10 % d’impro.

Il y a beaucoup d’invités d’Amérique du Nord sur « Shikantaza ». Comment se sont passés ces connexions ?

 Zé Mateo : On va dire qu’il y a d’abord une partie qui est le cercle familial comme Taiwan MC, Youthstar etc.. C’est les potes du labels (Chinese Man Records). Ensuite on a contacté des gens très connu et c’était très cher. Ce qui nous a saoulé. Dillon Cooper, ça s’est fait parce qu’il venait en France et il cherchait du monde avec qui bosser. Kendra Morris, c’était évident puisqu’on s’était croisé. En revanche, dans le cas de Mariama, on a écouté énormément de morceau sur le net. Au final, les collaborations avec les artistes « externe » à la famille, ça s’est fait au feeling.

Comment vous fonctionnez pour le label ?

 Zé Mateo : Les rencontres se font toujours très naturellement parce que c’est souvent des rencontres humaines et artistiques en même temps. Ou alors il s’agit d’artistes qu’on a croisé plusieurs fois ou qui ont fait un remix pour nous. Nous voulons un projet à taille humaine. Nous cherchons vraiment de vrai moment de vie dans le label et surtout d’être libre de ce que nous faisons.

 

Festi’ Neuch

Neuchâtel

Jeudi 15 juin /20h45/ Lacustre
 
Auteur:
Glenn

N’aimant pas particulièrement la musique, j’ai été catapulté ici par hasard et au-delà de ma volonté. Préférant l’austérité à la frivolité du spectacle de la débauche auditive, je compte les jours qui me permettront à long terme de devenir sourd. Le vacarme m’étant insupportable.

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