Aux frontières du black metal

LouisPar Louis  •  9 Août 2016 à 10:23  •  Live  •   8 views

Des Norvégiens avant-gardistes ressuscités de leur oubli et des Japonais peu habitués aux scènes européennes : c’est un line-up original qui posera ses valises le 14 août au Werk21.

En dépit d’origines et de parcours fort différents, In The Woods… et Sigh ont en commun leur attachement sensible, tout au long de leur discographie, à se jouer de la rigidité du black metal pour proposer un son unique.

Pas de croix renversée et logo lisible : comme ne pas faire comme tout le monde.

Lorsqu’In The Woods… sortit son premier album « Heart of the Ages » en 1995, c’était un ovni. Alors que la scène se remettait difficilement du « De Mysteriis Dom Sathanas » de Mayhem, et qu’une cohorte d’imitateurs s’apprêtaient à emboîter le pas à la bande d’Euronymous, In The Woods… de leur côté eurent la bizarre idée de saupoudrer leur musique, ici de chants clairs féminins, là de claviers ; les morceaux dépassaient sans peine les dix minutes. Rien qu’à la pochette, délaissant les forces du mal pour une photo de forêt norvégienne à la sobriété frappante et agrémentée d’un logo lisible (!), on pouvait deviner qu’In The Woods… marquait une différence de taille avec ses compatriotes. Et les journalistes de leur accoler, sans plus de façon, l’étiquette « avant-garde ».

Faute de reconnaissance, le groupe se sépara prématurément en 2000, seulement pour acquérir durant leurs années d’abstinence un statut « culte » auprès des connaisseurs. Mais si leur reformation en 2014 fut une surprise pour beaucoup, il n’est pas dit que leur album à venir en septembre prochain ait le même impact que leurs trois premiers essais. Le genre a en effet su évoluer, et des groupes comme DeafheavenMyrkur ou Deathspell Omega ont, chacun à leur manière, élargi la définition du black metal. Pour le formuler autrement : ce qui était novateur en 1995 est accueilli aujourd’hui comme une norme, aussi ce sera avant tout une nostalgie respectueuse qui nous poussera à aller applaudir In The Woods…, un groupe qui aura eu le défaut d’être en avance sur son temps.


Mikannibal

La glaçante chanteuse et saxophoniste du groupe est docteure en physique.

Pour Sigh, c’est différent. Tout d’abord, les Japonais, depuis leur formation en 1990, n’ont jamais pris de répit. Leur premier EP, « Requiem For Fools » , se présentait comme un obscur trois-pistes de black metal à la production brouillonne comme on en trouvait des centaines à cette époque, mais déjà là on pouvait deviner, ici et là, les signes annonciateurs d’une démence qui allait engorger toute leur carrière à venir, comme cette flûte incongrue qui résonne sur le titre ‘Taste Defeat’. Tapant dans l’oeil d’Euronymous, feu le guitariste de Mayhem, leur premier album, « Scorn Defeat« , sortit sur son légendaire label Deathlike Silence Productions. Une consécration pour un groupe japonais, qui allait leur assurer une reconnaissance durant les années à venir.

D’album en album, le groupe se fit bizarre, toujours plus bizarre. Les anecdotes appuyant cet aspect sont légions : on peut par exemple relever ces innombrables exemplaires de « Hail Horror Hail » renvoyés à Cacophonous Records par des clients croyant entendre un défaut de fabrication lorsqu’un des morceaux passait subitement d’un son mono en stéréo. On se souvient aussi que Century Media, sur lequel ils avaient sorti « Imaginary Sonicscape« , probablement leur chef-d’œuvre, a décidé de se débarrasser du groupe en entendant ce qu’il préparait avec leur album « Gallows Gallery« , le jugeant « pas assez metal » (sic). Il faut dire qu’avec son saxophone, ses sonorités jazzy et ses chants clairs recourant parfois à un vocodeur douteux, c’est un euphémisme de dire que « Gallows Gallery » n’est pas exactement ce qu’on attend d’un groupe de black metal passé par Deathlike Silence Productions.

Fort d’une discographie massive et extrêmement bigarrée, Sigh est un de ces groupes atypiques qui a sans cesse eu soin de se renouveler et de surprendre ses auditeurs. Traînant une carrière de 26 ans et une renommée en marbre dans la scène underground, on n’est que trop ravi de les voir quitter leur Japon natal – un événement rare – pour se produire en Suisse, peut-être pour la première fois.


sigh in the woods flyerInformations

Sigh & In The Woods…
Werk21, Zurich
Doors : 19h / Ticket : 32 frs
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Auteur:
Louis

Je recherche : une édition originale de l’EP éponyme de Medieval Steel en 12 ». Je propose : deux cannettes un jeudi à la Ruche. Eh ouais, l’expat’ fribourgeois n’a pas perdu ses habitudes langagières arrivé à Lausanne.

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