Et soudain, au coin de la rue…

LauraPar Laura  •  12 Août 2015 à 17:00  •  Magazines  •   0 views

Ils ont une passion commune: la musique. Ils aiment la pratiquer sous n’importe quelle forme. Ceux qui feront l’objet de cet article sont souvent accompagnés de leur guitare, d’un cajòn, d’une flûte traversière, d’un accordéon. Parfois les plus inventifs n’ont besoin de que casseroles ou d’ustensiles…

Ils sont musiciens, compositeurs, chanteurs et nous inspirent la liberté. Une liberté qu’il faut saisir, à laquelle ils se sont attachés et qui est souvent bafouée. Certains les surnomment saltimbanques, troubadours, hippies. Souvent incompris,  parfois ignorés, rentrons dans l’univers de ces musiciens dévoués à leur scène particulière: la rue.

A l’heure d’écrire cet article, un souvenir me revient. Alors que je me promenais à Madrid, ma curiosité a été titillée par un son de violon… au coin d’une rue. Puis des voix se sont élevées, pures, magnifiques, à en donner des frissons: de l’opéra. Eh oui, en pleine rue. Aussi étrange que cela pût me paraître, ce moment resta comme suspendu dans l’air. Il y a peu de temps, un ami m’a dit: « : si un artiste de rue m’interpelle suffisamment pour que je m’arrête ou que je dodeline de la tête, il a mérité sa pièce ». Je ne me souviens plus si j’ai donné une pièce, je ne crois pas, non. Je me rappelle surtout la gratitude que j’avais envers eux d’avoir transformé ma promenade en ballade. Cet exemple est particulier, on ne croise pas des chanteurs d’opéra à tous les coins de rue. Cependant, cette reconnaissance, je la retrouve à chaque fois qu’un artiste m’émeut ou me fait ‘dodeliner de la tête’, comme dirait ce très cher Christophe.

Nombreux sont ces artistes qui ont commencé dans la rue. Si peu d’entre eux ont pu troquer la rue aux salles complètes, à l’image des Keziah Jones, Zaz’, La Rue Ketanou, Benjamin Clementine, Mark Kelly et j’en passe, beaucoup ont du talent. Une majorité qui ne cherche au final que de créer un moment et réunir. La reconnaissance? « Je ne cherche pas forcément à devenir une star, ce que j’apprécie surtout c’est la liberté que ça te procure. Les gens te félicitent, s’arrêtent pour toi, aiment ce que tu fais », témoigne Marius, jeune artiste de rue appenzellois. Être ignoré par la majorité? « Dans la rue, c’est une relation très personnelle. Aujourd’hui, les gens sont égoïstes et stressés, ils marchent sans regarder dans la rue. Quand je commence à chanter, les gens prennent le temps de lever la tête et de s’intéresser à ce qu’il se passe et c’est là que leur personnalité s’ouvre. »

Marius n'est chanteur de rue que depuis peu; "mon but n'est pas de devenir une star. Ce que j'aime surtout, c'est la liberté que ça te procure". crédit photo: Willi Oberhänsli.

S’approprier l’espace public, faire de la rue une scène comme les autres, tels sont les défis auxquels sont confrontés chaque jour les artistes de rue. D’autres contraintes, souvent indépendantes de leur volonté, viennent s’ajouter. Il y a quelque temps, Bienne a intégré le concept de « castings de chanteurs de rue », le but étant d' »éviter que les rues et les places de la ville ne soient envahies par une pollution sonore inutile et désagréable. C’est aussi une façon d’encourager une cohabitation harmonieuse entre citoyens, commerçants et artistes de rue ». Il est vrai qu’avec l’interdiction de la mendicité, il est facile pour certains de prendre n’importe quel semblant d’instrument et de taper dessus pour faire croire à de la musique. Censure? Manque de liberté? Le débat est ouvert, mais ne fait pas partie de cet article… A priori, les autorités publiques ne constituent pas un frein.

Mais alors, peut-on considérer la musique de rue comme un art encore peu populaire? « Je pense que c’est plus une question de culture. En Suisse, il n’ y a pas assez de musique de rue, de la vraie. Je pense qu’on a un rapport très impersonnel avec la rue, on ne sait pas encore comment se réapproprier l’espace public, on a l’impression que ça n’est pas permis, ou on ne veut pas déranger. C’est plus une problématique sociale que musicale », me confie Sacha Ruffieux, producteur et musicien fribourgeois. On a beau le dire, tout comme on ne change pas une équipe qui gagne, on ne changera pas la mentalité de notre pays.

Voilà maintenant trois jours que je m’évertue à trouver un but à cet article, tout comme je m’évertue à chaque fois à comprendre pourquoi un artiste décide de chanter dans la rue. « Liberté », « expérience humaine » sont les mots qui reviennent le plus souvent. « Quand tu es dans la rue, tu te rends compte du cœur des gens. « Pour ma part, ce sont souvent ceux qui avaient le moins qui m’ont donné le plus », me raconte Marius « une fois à Fribourg, un sans-abri m’a donné son paquet de cigarettes et une carte que tu dois compléter pour avoir un café gratuit. La carte était complète. Pour moi, ça vaut tout l’or du monde. » Des cafetiers qui offrent l’apéritif au sans-abri qui partage le peu qu’il possède, s’il semble si souvent inatteignable, le cœur des hommes ne demande pourtant que peu…

Remerciements à Marius qui s’est confié à ma curiosité. si la vôtre vous titille aussi, vous pouvez le retrouver sur sa page Facebook Marius Streetmusic.

Laura

Si nous étions censés rester sur place, nous aurions des racines à la place de nos pieds.

Dans le même genre...

Nos rédacteurs voyagent. Ils vont même jusqu'à Londres pour une exposition sur Pink Floyd.

Et si la musique classique prenait le virage électronique ? Nous posons la question en évoquant...

On part explorer quelques sonorités venues des jeux vidéo