Ańii : « La techno est un genre sans limite »

JorrisPar Jorris  •  23 Fév 2018 à 07:00  •  Interviews  •   93 views

Juste avant la Superette, début février, on est allé à la rencontre de Ańii, la nouvelle pépite du label Kompakt Record, qui nous a transmis toute sa bonne humeur avant d’offrir un spectacle exceptionnel.

Dans les loges de la Case à Chocs, en ce 3 février 2018, on a croisé Ańii tout droit venue de Londres pour nous transporter dans le monde de la Techno grâce à un set taillé à la perfection. Un peu moins d’une heure de conversation dans une atmosphère extrêmement détendue nous a permis d’en savoir plus sur  la Techno mais surtout sur Ańii.

Bonjour Ańii. On discutait un peu avant de commencer l’interview et tu nous a dit que tout avait changé depuis que tu as signé chez Kompakt. Qu’est-ce qui a changé ?

J’ai récemment déménagé mon studio de place. Il était chez moi mais maintenant j’ai un lieu pour ça. On a tout le matériel pour enregistrer et c’est super bien mais je dois me déplacer pour y aller. J’ai choisi le vélo mais c’est super dangereux à Londres (rires), ça me fait faire de l’exercice. J’y vais dès que je peux mais j’ai toujours un emploi à côté. Je travaille dans un restaurant, mais plus pour longtemps j’espère. Quand j’ai signé chez Kompakt, c’était le plus beau jour de ma vie. Et ça a vraiment changé beaucoup de choses pour moi. J’ai toute une équipe qui gère certaines choses.

Revenons un peu sur ton parcours. Tu es Polonaise. Comment tu es arrivée à Londres ? Pour quelles raisons ?

J’ai fui à 18 ans (rires). C’était très dur. Quand j’étais petite, j’écoutais des cassettes et je mixais avec ça. J’ai aussi commencé à collectionner des vinyles de drumb’n’bass et d’électro. Mais c’était spécial parce que mes parents voulaient que je fasse autre chose que de la musique. Je viens d’un pays très catholique et c’est pas forcément bien vu ce genre de chose. J’ai dit non ! Et je suis partie à Londres parce que je pouvais comprendre l’anglais et que c’était un des hauts-lieux de la musique. J’ai découvert la vie nocturne dans les club là-bas et les fêtes. Londres avait cette tradition de la vie nocturne et des gros club, c’est moins le cas maintenant. Ces club ont fermé depuis et c’est devenu plus dur aujourd’hui de découvrir la scène électro à Londres.

En parlant de la scène justement, qu’est-ce qui fait que cela a changé ?

Je crois que ça a pris une dimension supplémentaire il y a quelques années et les club n’ont pas su bien gérer l’afflux de personnes, l’alcool, la police, les problèmes. Il y a des restrictions légales aussi, les raves ne sont plus autorisées.

Mais à Berlin par exemple, il y a toujours cette culture de l’électro

Oui, mais Londres est beaucoup plus massive comme ville. Il y a aussi bien plus de diversité, de cultures, de religions et de gens différents. Les club étaient dans des endroits pauvres et la ville a changé maintenant. Tout est aussi plus cher. Londres est constamment en mouvement et tout est devenu plus difficile. Aussi, il y a de plus en plus de DJs.

C’est vrai qu’il y a beaucoup de nouveaux acteurs et de genres. Comment faire pour être au top justement ?

Il faut travailler dur, se concentrer sur les shows et avoir un objectif. Sans ça, c’est compliqué. Je faisais de la house avant et ça fait deux ans maintenant que je fais de l’électro et je découvre tout ça mais du coup je dois travailler dur pour arriver à un résultat intéressant. Ensuite, tu sais, il faut arrêter de croire qu’il faut tout faire tout seul. Par exemple, je ne suis pas du tout une ingénieure son, je n’y connais pas grand chose et je trouve que c’est mieux de s’entourer de gens qui s’y connaissent, qui peuvent t’aider et travailler avec toi plutôt que de vouloir tout faire tout seul et faire mal au final. Parfois, pour mixer un son, il faut des années de travail derrière, il faut avoir l’oreille pour ça et c’est un vrai job, ce n’est pas facile.

On a mentionné tes origines polonaises et ton parcours. Tu as dit que dans ton pays, finalement très catholique, ce n’était pas simple de faire ce que tu fais. Comment a réagi ta famille ?

Au début, ils n’étaient pas très motivés, et c’est pour ça que je suis partie à Londres. Là, maintenant, ils m’écrivent tout le temps, me demandent comment ça va, et il regardent des vidéos des shows. Je n’ai pas encore pu jouer en Pologne mais normalement en mars, je devrais pouvoir faire un concert là-bas et je me réjouis.

C’est donc ta première fois en Suisse, et ici à la Superette, le public est habitué à venir écouter de la musique électronique. Est-ce que ça change quelque chose pour toi ?

Non pas vraiment, je n’ai aucune attente. Je veux juste réaliser une bonne préstation, faire plaisir et voir les gens danser. J’ai vu tes questions avant, et tu me parlais de musique électronique « française », comme quoi il y a vraiment un engouement pour ce genre précis. L’électro va et vient, c’est un peu spécial. C’est comme la mode. J’ai commencé par faire de la House, et là je fais de la Techno. C’est pas tout à fait la même chose que l’électro en fait. Ceci dit, il se passe quelque chose un peu partout, avec des DJs d’il y a 20-30 ans en arrière qui reviennent aujourd’hui. La Techno a toujours été très forte, c’est peut-être moins populaire mais c’est toujours bien présent et ça revient en force. En plus de cela, il y a de plus en plus de genres de Techno qui voient le jour.

Mais on ne peut pas vraiment ignorer le fait que la « french touch » en matière d’électro soit vraiment populaire et ce depuis très longtemps. On peut citer des gros noms comme Daft Punk, le fait est que ces groupes, ces DJs, ont finalement réussi à imposer des genres et un style qui marchent très bien. Est-ce que pour toi, ce serait finalement envisageable de prendre le train en marche et d’essayer de rentrer un peu dans le lot pour produire de la musique mainstream ?

Ce serait évidemment très facile de faire ça. La France a une culture musicale en électro très forte et pointue. Mais je crois personnellement qu’il est possible de continuer son travail de la manière la plus honnête avec soi-même. J’avais atteint un point dans la House où je n’étais plus challengée et c’est à ce moment-là que tu commences à chercher la solution: soit tu continues à faire de la House populaire, soit tu balances tout et tu changes ton style. Ce que j’ai fait au final.

La Techno est très présente pour toi mais est-ce que c’est un genre que tu écoutes régulièrement, en marchant dans la rue, en allant faire tes courses ou est-ce que tu réserves ça à des moments plus festifs ?

Ah non, j’écoute de la Techno quand je marche dans la rue. C’est clair ! Aujourd’hui, en venant ici, c’est ce que j’écoutais. Évidemment, je n’écoute pas que ça. J’ai besoin aussi de changer, j’écoute du Jazz, du Rock old school comme Pink Floyd.

Ah ! J’étais sûr que tu étais quelqu’un de bon goût ! J’adore Pink Floyd aussi. Tu as vu leur exposition à Londres ?

(rires) Noooon. Je l’ai loupé. Mais c’est un groupe que j’écoute tout le temps, quand je me lève, quand je me couche. «Dark Side of The Moon » est un monument. C’est tellement un groupe exceptionnel, tous les artistes devraient s’inspirer de Pink Floyd. Et en Angleterre, c’est encore très présent, ce qui est vraiment très bien pour moi. Je vois que j’ai fait ta journée là (rires) Qu’est-ce que tu voudrais savoir encore ?

Haha, ouais, mais j’aurais encore quelques questions. La Techno est souvent écoutée dans des salles obscures, le soir très tard. Est-ce que tu voudrais une fois essayer de jouer en journée ? Ou le matin ?

La Techno est un genre sans limite. Et oui, ça dépend juste du rythme que tu veux mettre. Ce serait vraiment super quand le soleil se lève, oui. Tu peux créer des atmosphères géniales avec ça. J’espère vraiment pouvoir jouer le jour, histoire de voir comment c’est. Ce sera peut-être pour la saison des festivals. J’aime beaucoup les fêtes en plein jour, tu vois vraiment les gens comment ils sont, ils ne peuvent pas se cacher non plus, à l’inverse des soirées dans des salles obscures où tout le monde peut s’évader de la foule sans être vu. Les clubs sont un peu des lieux interdits, tu peux être qui tu veux, faire ce que tu veux, personne ne verra vraiment. Le jour, tout le monde peut voir à quoi tu ressembles, tu vois les gens qui transpirent, qui se sont renversés leur verre dessus etc. (rires). Mais ce serait intéressant oui.

Une dernière question, avant de te laisser te préparer. C’est un peu quelque chose que j’ai remarqué ces derniers temps, mais il y a de plus en plus de bande son techno dans les jeux vidéo. Il y a de gros noms qui commencent à vouloir mêler leur musique à un nouveau média. Est-ce que c’est quelque chose qui pourrait une fois t’intéresser, de créer des bandes sons pour d’autres types, des jeux vidéo par exemple ?

On m’a jamais approché encore pour ça et je n’y ai jamais pensé. Ce serait évidemment quelque chose d’intéressant, sans doute moins stressant à créer. J’ai pour habitude de dire « oui » à tout, ce serait vraiment une très bonne expérience de voir un peu ce que ça donnerait, que ce soit pour les jeux vidéo ou d’autres médium. « Sky is the limit », donc oui.

Merci beaucoup Anii et à bientôt sur scène !

Jorris

Personne ne sait véritablement ce que je fais dans cette rédaction à part râler sur Yannick. Sinon, j’attends le comeback d’Elvis Presley.

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