Acid Arab : «Et pourquoi pas, un jour, créer un festival ?»

MalvinPar Malvin  •  9 Oct 2015 à 12:59  •  Live  •   0 views

Les invétérés de musique électronique les connaissent maintenant très bien. En effet, il n’est plus rare de voir leur nom s’afficher dans la programmation d’un festival. Les raisons de cela ? Acid Arab aura réussi à créer sous son nom une exceptionnelle rencontre de styles et de cultures, où le Maghreb rencontre enfin la techno. Le choc est unique.

Ce soir-là, au 1066 Festival, la pluie tombait sans relâche. Finissant leur plat, Hervé et Guido semblaient ailleurs, dans leur monde. « Avec eux, c’est normal » me lance la fille du booking. On parle alors de leurs nombreuses venues en Suisse, leur annonçant qu’au bout de mon quatrième concert avec eux, il fallait que je les rencontre enfin. Finalement, on sort se fumer un joint. La place manque, les canapés sont pris, on finit face à un entrepôt, à l’abri de la pluie, où Hervé aura dû éclairer tout au long de l’interview mon calepin à l’aide de son portable. Je me présente, le dictaphone tourne.

Hervé Carvalho : Le Mur du Son… Neuchâtel… C’est là où on a joué la première fois en Suisse, à la Case-à-Chocs. On y retourne d’ailleurs en novembre, cette fois en live. C’est-à-dire qu’on sera trois sur scène : Guido, moi et Kenzy Bourras au clavier. La même formule que t’as dû voir au Paléo, quoi.

Guido Minisky : Ce n’est donc plus un DJ set. On ne joue plus les morceaux des autres, on ne joue que les nôtres. Je préfère préciser, parce qu’on confond souvent les deux. C’est simple pour nous, mais vu de l’extérieur, pas forcément.

LMDS : Merci pour cette intro. Je vais quand même vous poser une question de base, comment est né le projet Acid Arab ?

Hervé : (se tournant vers Guido) Je t’en prie.

Guido : En effet, c’est une question à laquelle on a beaucoup, beaucoup répondu. C’est venu d’une idée de réunir les morceaux de techno et de house qui contenaient des samples de musique électronique. Créer un DJ set, quoi. L’idée nous est venue quand nous avons reçu une invitation pour jouer dans un festival en Tunisie. Et sur place, nous avons eu plein de rencontres humaines et culturelles, qui, de retour à Paris, nous ont donné envie de poursuivre cette expérience.

DJ Gilb’R était des vôtres, si je me trompe pas (fondateur du label Versatile).

Guido : Oui, il avait aussi été invité au festival. Celle avec qui il travaillait allait devenir notre manageuse, Maude, et lui notre label manager. On a rencontré grâce à cela des gens qui sont toujours proches de nous, et qui ont bouleversé nos vies, tel que le musicologue Slim Gouja, qui nous a éclairés sur beaucoup de points concernant la musique d’Afrique du Nord.

Est-ce que vous avez l’impression d’avoir créé une nouvelle vague au sein de la musique d’Orient ?

Guido : J’ai l’impression qu’on en fait partie, qu’elle existait déjà avant qu’on la rejoigne. Et on est arrivés pile au bon moment. On surfe (mime un bruit de vague). C’est une question de timing et de coup de chance. Quand on y pense, c’est incroyable que ce projet arrive à ce moment-là, où les oreilles sont grandes ouvertes sur le monde.

Hervé : Mais pas seulement les oreilles, il y a également un changement de focus général. On s’intéresse beaucoup plus au cinéma, à l’art contemporain, à la mode, c’est dans l’air du temps. Et la musique en fait partie.

Ce serait un style de vie ?

Guido : Même pas. Un style d’influence, je dirais.

Qu’est-ce que vous y trouvez, personnellement, à ce syncrétisme entre Orient et Occident ?

Guido : On a un plaisir assez incroyable de se rendre sur une terre inconnue, qui l’est de moins en moins, d’ailleurs. Au bout de trois ans, on commence à avoir de la bouteille. Et l’excitation de créer… de l’excitation. De la transe. La musique qui nous inspire est souvent une musique de transe, aussi bien la techno que les musiques orientales. C’était donc logique que le projet vise aussi cela.

Et dans votre duo, ça se passe comment ?

Guido : Plus qu’un duo, nous sommes un quintet !

Hervé : En effet, c’est toute une équipe, Acid Arab. On bosse avec deux producteurs, qui s’appellent Pierrot et Nico, qui sont malheureusement moins mis en avant. Leur place, c’est le studio. Et Kenzy, notre clavier, qu’on a évoqué avant. On a également Shadi Khries, un artiste jordanien avec qui on travaille via le net. Compte tenu de tous les musiciens qu’on rencontre, le projet regroupe beaucoup de monde. Guido et moi, nous sommes la face visible de l’iceberg.

Vous avez un remède de longévité à conseiller ?

Guido : Ne pas s’endormir. Essayer de coproduire des choses qui fonctionnent et qui plaisent. Essayer d’innover, d’expérimenter, d’aller de l’avant. Rester passionné. Ça ne veut pas dire qu’on fait tout ça, mais je pense que c’est un bon remède ! Il faut l’alimenter.

Votre avenir, vous le voyez comment ?

Hervé : Bah, de la coke, des putes et du Champagne (rires). Plus sérieusement, on envie d’aller vers l’album, de développer le live, de voyager encore et encore. Faire que ce projet continue.

Guido : On aimerait également créer un label. Et pourquoi pas, un jour, créer un festival ? Comme les quatre disques Collections que nous avons sortis sur Versatile. On amènerait un groupe d’artistes qui présenteraient une vision d’une musique imaginaire. Car on aime bien penser qu’avant cela, elle n’existait pas vraiment. En gros, un festival de musiques, de cultures et d’orientations peut-être différentes, mais qui ont des choses en commun. Imagine tous les artistes présents dans les Collections : Omar Souleyman, DJ Grégory, Legowelt, Etienne Jaumet, I:Cube, Hanaa Ouassim en live. Si on additionne tout ça, ça donne un casting assez chouette.

Et au sens large, l’avenir du monde de l’électro ?

Hervé : On n’y a pas vraiment pensé. Ce qui est sûr, c’est que la musique électronique au sens large n’est plus vraiment un genre, elle est devenue une façon de faire de la musique. Avec les ordinateurs, c’est devenu quelque chose de populaire. On la trouve partout. Autant elle accompagne les plus grands artistes de variété, autant elle se trouve dans les grands clubs underground de Berlin. La musique avance, mais les outils changent.

Guido : Tout le monde peut commencer à créer avec son laptop. Quand j’étais petit, si tu voulais être DJ, il fallait acheter des platines, une table de mixage, avoir de la place, acheter des disques, et surtout réussir à les avoir. Maintenant, en une semaine, tu peux maitriser assez facilement les outils qui sont mis à ta disposition. Beaucoup de DJs n’ont pas cette idée. Mais la seule vérité, c’est que l’outil importe peu. C’est ce que le DJ va proposer dans sa sélection et sa technique qui compte.

Un petit rituel avant de monter sur scène ?

Guido : Non, pas vraiment. C’est un peu spécial, en Suisse… On s’weed, simplement. Mais d’ordre général, on choisit toujours le premier morceau qu’on va passer. Et ensuite, place à l’improvisation.

Si un extra-terrestre se présentait à vous, quel album ou artiste lui feriez-vous écouter en premier?

Guido : Mais je serais déjà curieux de savoir comment il connait la musique. Je trouve ça incroyable qu’un Alien ait déjà capté le sens de la musique. Je lui serrerai donc la main on irait écouter de la musique ensemble. Je serai content de lui montrer notre SoundCloud.

Vous voulez donc qu’il reste sur Terre !

Guido : Ouais, c’est clair. Comme dans Paul.

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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