L’orgue du Temple a veillé au jazz

KarimPar Karim  •  30 Avr 2018 à 07:00  •  Live  •   88 views

Un vernissage débordant d’émotions, avec une belle intensité et une complicité qui fait chaud au cœur. Ceci servi dans un endroit somptueux. Gardez deux noms en tête : Montagne! Trio et Nova Jazz.

Photographie : © Mehdi Benkler

En arrivant dans le Temple qui est un des piliers de la légendaire Place Pestalozzi, je me demande comment ce dernier va se mettre à l’heure jazzy, alors qu’il est le plus souvent branché en mode sacré. Ceci dit, le dernier concert que j’ai vu ici, c’était celui de Mario Batkovic, pendant le Castrum 2017, et cela avait été une heure à couper le souffle.

J’ai aussi hâte de revoir ces trois petits gars, entendus la première fois il y a quelques années, jouant des standards dans un sympathique café de la place : Le Tempo. Ce soir, c’est du sérieux, et on sent en arrivant, alors que leurs silhouettes se promènent à l’entrée, que la détente, ce sera pour après ; pour l’heure, ils se soumettent aux demandes photographiques et saluent les amis, mais une légère pression affleure dans les gestes et les regards.

Les orgues veillent, nous itou

Le Temple a mis des habits de lumière sobres qui lui vont à merveille. Quelques spots au sol pour éclairer le piano, la batterie et la contrebasse. Les superbes orgues prêtes à toiser tout ceci. L’ambiance fonctionne, on est encore plus impatients.

Daniel Roelli, Jules Martinet et Clément Grin ne nous laissent pas poireauter trop longtemps. Ils se mettent en place, respirent un grand coup et c’est parti. Quelques notes de piano, puis la contrebasse qui s’en mêle, avant que Clément ne les rejoigne en douceur. Ils flottent un moment avant de s’enflammer en chœur. Le piano s’efface avant de revenir comme une annonce d’orage. Les dernières notes vibrent quelques secondes. La salle applaudit. C’était splendide. On est bien.

(A noter que quelques grincements de bancs enroberont tout le concert d’une saveur encore plus inédite, cocasse et charmante.)

On repart ensuite avec la batterie délicatement fouettée, cette dernière habillée de linges de cuisine et même d’une plaque à gâteau pour que le son soit exactement le bon. Le piano rejoint le tableau, puis la contrebasse. Clément fait évoluer son instrument tout au long du morceau ; Jules tombe la chemise.

Il me semble que ce devait être le morceau ‘Basel’, mais la première prise de parole était fort peu audible, alors je ne mets pas ma main au feu, espérant que vous ne me tiendrez pas rigueur de mon manque de, précisément.

Les instruments se défient, s’encouragent ; sonnent parfois la charge

On enchaîne avec ‘Même dans la nuit’, qui nous offrira après quelques minutes un dialogue soutenu entre le piano et la batterie, Clément frappant puis bloquant ses cymbales avec un malin plaisir, communicatif. Le final est solennel ; nous, puissamment sonnés et convaincus d’avoir affaire à de sacrés musiciens.

C’est ensuite ‘Cannes’, avec une contrebasse « crissante » et des notes d’abord comme pointillées. On plane dans une ambiance un peu spectrale ; l’orgue sourit, on frémit. Ce sera ensuite les ‘Passages des saisons’, puis ‘Deux pour Trois’, qui nous dépliera une palpitante course contre la montre entre Clément et Daniel ; difficile de ne pas laisser son corps scander cette rythmique délicieusement endiablée.

Un final avec du souffle et des échappées belles

Avant d’accueillir Nicolas Masson pour deux derniers morceaux, on apprend que c’est un vernissage sans album, puisqu’un petit problème logistique n’a pas permis aux disques de voyager d’Hanovre à Yverdon. Il faudra donc prendre un peu son mal en patience pour avoir entre les mains ce splendide petit objet, mais l’album peut déjà être écouté et téléchargé sur bandcamp des trois musiciens.

Nicolas Masson, jusque-ici tranquillement assis à deux pas du trio, les rejoint alors avec son saxophone. Ils se lancent d’abord dans un ‘Hiver’ qu’on n’est pourtant pas mécontents d’avoir quitté il y a peu. On leur pardonne tant c’est délicieux.

On finit avec une émotion toute particulière, puisque le dernier morceau, ‘Comptine pour Romain’, est une composition de Clément en hommage à un ami disparu.

On retrouve ensuite tout le monde sur la place, avec quelques bouteilles, de petites cartes « faisant joli » en attendant de recevoir le disque à la maison. On se réjouit

 
Auteur:

 

Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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