Stephan Eicher & Martin Suter – « Song Book »

AlexPar Alex  •  29 Avr 2018 à 07:00  •  Albums  •   416 views

Depuis quelques semaines je l’écoute en boucle. Les Suisses romands se demandent sans doute pourquoi. Et bien, c’est simple : c’est beau. Musicalement les dix-sept morceaux de « Song Book » sont d’une grande richesse instrumentale et les textes sont d’une inventivité folle.

L’auditeur passe d’une ambiance clairement country – avec le banjo en cadeau – de ‘Weiss Nid, Was Es Isch’ aux cordes et chœurs enivrants de ‘Für Immer’ et de ‘Du’. Il suit aussi le destin mi-figue mi-raisin d’une serveuse dans ‘Wägg vom Bäre’ et s’émeut du dialogue amoureux de ‘Still’. Citons encore le tendresse merveilleuse de ‘Alls’ et la mélancolie enthousiaste de ‘Drriisg Jahr’.

Il y a surtout le suisse allemand qui est particulièrement bien chanté dans ce projet. Une langue principalement orale qui me rappelle sans cesse les éclats lumineux et fougueux de l’enfance. Un sentiment que le passionnant Boubacar Boris Diop éprouve aussi pour le wolof, langue dans laquelle il écrit aussi, comme il l’a expliqué mercredi dernier au Salon du Livre lors d’une table ronde. Il a dit que l’énergie de l’écriture en français n’était pas la même que celle de sa langue d’origine. Je ressens exactement cette différence d’énergie avec le français quand je parle la langue de Mani Matter.

Une musique pétillante de littérature

Certes je ne parle pas wolof, mais l’effet que cet album a sur moi est semblable à ce que l’écrivain sénégalais a décrit lors de son passage à Genève. Je parle aussi littérature parce que tous les textes de « Song Book » sont signés par Martin Suter, l’auteur de l’excellent roman « Small World » – dont il existe une belle adaptation cinématographique. Cette collaboration entre le musicien et l’écrivain a débuté sur l’album « Eldorado » de Stephan Eicher et s’est heureusement prolongée depuis.

Ils ont enfin signé un album en commun ; pas seulement, puisqu’ils produisent aussi une musique au croisement de deux arts. Martin Suter se met effectivement en scène avec Stephan Eicher. Comment ? Des courts textes de fiction précèdent ainsi les paroles de chaque morceau dans le booklet. Redonnant toute sa valeur à ces quelques pages glacées où apparaissent les crédits d’un album et qu’on glisse avec tant de plaisir hors de la pochette. Ici, livre et cd ne font qu’un. L’auteur zurichois y explique notamment, avec ironie et humour, la genèse de chaque composition. Ce qui permet un contraste souvent saisissant entre l’idée initiale et le résultat final.

Un morceau si beau et l’heureuse rencontre

Je dois encore parlé de la perle ‘Ds alte Paar’, évoquant ‘La Chanson des Vieux Amants’ de Brel par son titre et qui est, à mon avis, le sommet émotionnel de l’album. Ce morceau combine à la perfection les talents de conteur de Martin Suter dans le texte – on visualise si bien ce vieux couple – tandis que l’intelligence des arrangements musicaux pointilleux embaument la voix fragile de Stephan Eicher.

Une rencontre artistique dont les moteurs sont l’amour commun de l’oralité du suisse allemand et l’envie d’écrire des textes de l’envergure des chants traditionnels ; s’ils étaient chantées en cœur à l’école.

 

« Song Book »

Stephan Eicher & Martin Suter

27 octobre 2017
 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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Juste parce qu'il faut connaître cet album. Punkt schluss.